mardi, juin 19, 2007

Traxthon

Je ne pensais pas le dire un jour, mais je suis attristé d'apprendre que Trax est sur le point de disparaître, d'après ce qu'on peut lire sur leur blog. Il serait bon de garder un peu de presse spécialisée (même si Trax avait depuis un bout de temps cessé de se centrer sur l'electro pour ramasser tout ce qui pouvait être à la mode). Je propose à mes milliers de lecteurs une opération pour redorer le blason du magazine, avant leur audience devant le tribunal: allons tous acheter avec du vrai argent l'album de Tekilatex, leur gourou ventripotent, afin que leurs représentants puissent déclarer: "mais enfin votre honneur, les gens aiment vraiment ce dont on parle! regardez les chiffres!". Bon courage, je sais que ce n'est pas un geste facile que je vous demande. Et si jamais par malheur des esprits médisants se moquent de vous en voyant notre culbuto agressif préféré traîner sur votre étagère, n'oubliez pas de rétorquer: "oui mais c'est produit par Gonzalez". Effet garanti, les chiques se couperont instantanément. Ne vous sentez pas obligés de l'écouter pour autant. L'avenir de la presse musicale française repose sur vos épaules désormais.

mercredi, juin 13, 2007

Nuits sonores, bilan

J’avais émis il y a quelques temps le souhait de faire le bilan des nuits sonores, et honnêtement l’envie m’en a passé. je vais quand même évacuer de mon bloc notes quelques impressions, un mois après:

Le fait d’installer pour les trois nuits les concerts aux subsistances n’a fait finalement qu’entériner la dualité musique électronique “dance”/musique électronique “cérébrale”, la première dans la cour la seconde dans le hangar, qui caractérisait déjà les années précédentes, mais que la circulation dans les gros sites du sud de la presqu’ile atténuait. Il a manqué à la programmation du plateau “dance” un poil d’audace pour vraiment avoir l’air d’autre chose qu’une grosse usine à danse au son foireux. Le spectacle est d'ailleurs assez rigolo quand on y réfléchit (je vous renvoie à ces pages de Bourdieu que j'ai scannées, en particulier la page 116 sur la danse comme "signum social"; c'est dans Le Bal des Célibataires). Il y a eu de bons moments malgré tout (j’ai bien aimé le set très simple d’audion, certains passages de james holden, l’enthousiasme d’agoria, la précision des arrangements du live d’Apparat). je n’ai pas assisté à la troisième nuit. la perspective d’un plateau programmé par le magazine trax ne m’enchantait guère, entre autres raisons. La scène du hangar était moins fréquentée: il faut dire que les temps d’attente entre deux concerts étaient un peu longs. je ne sais pas pourquoi ils ne switchaient pas vers un dj chargé de meubler les transitions avec une installation branchée en permanence dans un coin de la salle, comme cela se fait dans de nombreuses soirées à concerts multiples. D’autre part, les performances étaient assez hasardeuses. je pense qu’en caricaturant la programmation de ce plateau orienté “alternatif” on pourrait dire que cette musique électronique consiste principalement à aligner des femmes qui crient avec des synthés vintage sur des rythmes rockabilly. Ce n'est pas totalement injuste de dire ça, à mon avis. Dans cette partie là des nuits, j’ai aimé Large Numbers, le groupe de l’ex-Add (N) to X et Stereo Total. Je me souviens avoir entendu d’autres trucs pas mal mais en relisant le programme un mois après rien de précis ne me saute à l’esprit.

-en dehors des nuits j’ai pas vu grand chose. J’avais tenté la pré-soirée sur le toit de Perrache, la première carte blanche à New York, et je me souviens que Juan MacLean avait vraiment bien assuré malgré le froid et la pluie. A ce point là de la soirée le public ne savait pas qu'il allait passer la nuit entière sous des torrents de flotte, et dansait gaiement en plein air, sous la pluie. je me suis bien amusé.

-le concert dans la chapelle de la trinité était bien.


bon, voilà tout, comme ça c’est fait. la photo de james holden vient du site des nuits sonores.

Un petit morceau pour la forme:

Tundra - The Rivulet (Jesse Somfay delysid love mix)

Ce Tundra-là n'a aucun rapport avec le Max Tundra que certains d'entres vous connaissent (et qui sur sa page myspace offre un hilarant remix du "i was born to love you" de Freddy Mercury en téléchargement). Apparemment l'autre Tundra est néerlandais, de même que l'est le label ayant sorti ce disque, Manual Music. C'est surtout le remixeur qui est connu en fait, Jesse Somfay, qui sort des disques sur pleins de labels différents. Le titre original, écoutable sur un des myspace sus-liés, est une production tech-house d'une banalité à faire pleurer chantal. Le remix de Somfay en revanche...est difficile à qualifier. Le beat a quasiment disparu, la structure a explosé, il semble ne rester qu'un long fondu enchaîné de samples étirés jusqu'à dissolution, de synthés en voie de dérèglement, jusqu'à rupture, au bout de neuf minutes. Le descriptif musical de Somfay sur son myspace dit "Psychédélique/psychédélique/psychédélique". ça me paraît adéquat. On peut aussi penser à son titre que Michael Mayer avait sélectionné pour Immer 2, Lying In A Bed Of Myst, avec la profusion de delay et de reverb donnant cet effet de profondeur si particulier. ça peut saouler aussi. Mais je crois qu'il faut se mettre dans de bonnes dispositions; son site vaut le détour aussi, avec ce titre étrange:
"Eventually the Sun Will Radiate, Nestled within its Ghostly Corona, Once More"


On peut ne pas être d'accord avec ça

vendredi, juin 01, 2007

Promotion du futur



Lcd Soundsystem offre des bouts de code à recaser sur son myspace/blog/etc sur leur page myspace, pour "spread the love". Comme c'est aimable!

mercredi, mai 30, 2007

Blogging paresseux: la suite

Je me sens pas le courage de pondre plus de cinq phrases en ce moment, alors laissons les trucs cools d'internet remplir le blog à ma place: je viens justement de découvrir le podcast de Tiga.
J'avais lu ça et là que le montréalais était un gars assez rigolo, là on peut le vérifier facilement. Allez y pour vous claquer les jambons, et vous récolterez en plus en plus quelques références de disques sympa à noter. En termes de business b to b, je dirais que c'est une situation gagnant-gagnant.
Ne ratez pas l'interview chaotique de James Murphy par téléphone interposé dans le premier épisode, alors que le boss de dfa est dans sa voiture en train d'écouter un match de foot avec Nancy Whang. Il passe même de la trance (et invente même le terrifiant adjectif "trancetastic"...).
et il est lui aussi fan de foot européen.
edit: la vanne sur le "génie" de digitalism est définitivement à ranger dans les points forts du truc.
edit edit: vous ai-je dit que je vais voir Battles en concert ce soir? je suis tout excité!

vendredi, mai 25, 2007

Un bon polar pour l'été

Saviez-vous que Blevin Blectum est la soeur de Kelley Polar? c'est une des nombreuses choses que l'on peut apprendre dans cette excellente interview de Kelley. Par ailleurs on peut également apprendre plein de choses fausses, le bougre ayant un goût prononcé pour les anecdotes aussi fictives que rigolotes.

De quoi se mettre en appétit en attendant son album, dont le titre semble dévoilé dans l'entretien.

mardi, mai 22, 2007

piloo piloo

En attendant un petit bilan nuancé des nuits sonores, je voulais signaler l'excellence du mix réalisé par Pilooski pour Beats In Space, à podcaster, streamer, télécharger, faites comme bon vous semble.

Pour les amateurs de ce genre de sons, l'après midi du 9 juin au parc de la villette a paris devrait être pas mal: Black Devil Disco Club et Dirty Soundsystem en concert gratos dans le cadre du festival Villette sonique. j'y serai.

samedi, mai 05, 2007

Quand le paris paris se moque de la plèbe


c'est .

Le Paris Paris décide se moquer un peu de la house de masse façon clamaran. le post est un peu étrange, avec cet avertissement selon lequel on doit endurer 2'30 de souffrance avant de pouvoir rigoler un bon coup. A l'arrivée, pas de quoi se claquer les jambons, mais au moins grâce à ce post, j'ai pu découvrir Grégory Talon, fan apparent du paris paris qui laisse son petit commentaire ironique. C'est bien, on fait d'une paire deux couilles: on en apprend un peu sur les mentalités des promoteurs de house populo et un peu sur la clientèle du paris paris. un clic utile en somme.

mardi, mai 01, 2007

Musique pour fin de barbecue bucolique



Le nouveau Kelley Polar se profile à l'horizon. ça s'annonce pas mal.

Il y a aussi une version quicktime: ici.

Environ records
a signé un nouvel artiste aussi: Baby Oliver. à suivre. pour les amateurs de disco. c'est à dire tout le monde, que vous le sachiez déjà ou non.

vendredi, avril 27, 2007

Fais péter


Je viens de lire une interview d'Alexkid, un poil complaisante et promotionnelle, mais qui contient une idée qui me trotte dans la tête en ce moment. Il souligne le fait que la musique électronique, même soumise à l'impératif d'être jouée en club, devrait être plus innovante. En effet, il est difficile à mon sens de ne pas partager de ce sentiment de ressemblance d'une grosse partie de la production électronique de club. Quiconque écoute une partie des sorties hebdomadaire, sur beatport par exemple, se doit de constater le nombre de morceaux absolument conventionnels, clones de hits de l'année passée, criblés de tics de production répétitifs, presets de synthés réitérés de maxi en maxi (je pense notamment à tous les remix de Claude VonStroke qui entretiennent à des degrés divers un air de famille avec son tube de 2006), et autres arrangements percussifs tapageurs mais un peu ennuyeux au fond.

il est intéressant de noter certains principes très peu remis en cause: construction par superposition de boucles, stabilité du beat (les breaks tels que celui du Drumtrax de Joakim où le beat ralentit puis réaccèlère soudainement sont peu fréquents dans les cultures techno ou house), combinaison boîte à rythme/synthé quasi immuable (on entend par ci par là un peu de guitare, quelques voix mais rien de significatif). Au fond, malgré la numérisation de la chaîne de traitement du son, on en reste à un système encore assez proche du set-up d'un groupe de synth-pop des années quatre-vingt. On peut considérer ce format comme une contrainte à l'intérieur de laquelle on peut déployer une forme d'expérimentation plus ponctuelle, finesse de la production, des réglages de synthés subtils, sampling, travail progressif sur la texture du son, intégration de voix, recherche du groove parfait, mais il est malgré tout notable que le refus de ces cadres de base signifie presque automatiquement la catégorisation "electronica", et donc un régime d'écoute différent. On sent certains producteurs mal à l'aise dans ce système, par exemple James Holden (extrait de son blog/site perso):

"i got lucky last week, music-wise. thursday, kieran hebden & steve reid totally blew us away - like the best rave-music set ever, and entirely played live. that's live as in: no sequencers, which requires balls.

i left that gig thinking they'd made me want to dance more than any dj i'd seen for years and a bit dispirited about techno which lasted until saturday when dj koze musically slapped some sense into me. he's the best dj of all djs. and also the funniest living german too. and his new song 'all the time' is amazing, beautiful post-techno."

Comme souvent avec son blog, en quelques phrases il fait jaillir pas mal d'idées sur la situation de la musique de club. Il note une relation de cause à effet entre le plaisir pris et l'absence de séquenceur (qui en gros garantit à lui tout seul deux des principes immuables notés précédemment, le système de boucles et la combinaison synthé/boîte à rythme). Il est vrai que le séquenceur, même virtualisé sous forme de logiciel, oriente déjà le genre du morceau et sa structure. Il est rare aujourd'hui d'échapper au système traditionnel intro-beat seul, pause, beat+synthé, répétition avec ajouts progressifs de boucles périphériques, break, montée et reprise du beat-synthé avec un gros synthé qui conclut le tout. Parmi les voies que ne semble pas prendre l'électro de club, il y a donc celle d'un rythme souple, joué de façon live autour duquel on pourrait imaginer le morceau se construire. La popularisation de la norme midi et la façon dont sont conçus la plupart des logiciels de musique (protools, digital performer, traktor, ableton live, logic...) peut expliquer ce constat, sans même évoquer les causes plus sociales de respect des attentes présumées d'un public.

Une autre voie que n'a pas empruntée la musique de club est celle de l'écriture intégrale de la partie mélodique. Si l'on peut concevoir qu'une musique voulant faire danser s'appuie sur un beat répétitif, facile à intégrer pour le public, il n'en va pas forcément de même avec l'idée de thème répétitif au synthé. Si dans certains cas cette répétitivité est combinée à un travail sur le son faisant apparaître une progression, il faut bien admettre que globalement la question n'est pas posée par le producteurs. La proposition d'un Frank Zappa dans Jazz From Hell est finalement restée lettre morte: il s'agit d'un album instrumental, de musique électronique, presque entièrement programmé, à quelques exceptions près. Le beat, quoique soigneusement préparé, est simple, et la partie mélodique est constituée de lignes de synthés qui travaillent le thème du morceau comme un solo de guitare peut travailler un riff, avec de multiples variations et une recherche de la non répétition, produisant ainsi un effet grisant par la virtuosité de l'ensemble. J'ai beau chercher, je ne vois pas trop d'équivalent dans la musique de club récente, il doit y en avoir, mais ça ne me vient pas trop à l'esprit spontanément. Je ne voit que des morceaux où l'idée de progression consiste, je dis ça pour caricaturer, à rejouer le même thème de plus en plus fort. On dira "quelle boucle!".

Forcément, comme dans le cas de James Holden, ça rend un peu triste de se dire ça. Un dj qui jouerait un titre sortant de ce paradigme boucle de synthé/beat répétitif verrait la piste se vider fissa, et ainsi les producteurs ayant l'ambition de faire danser les gens commencent par penser leur morceau dans ce format; c'est le cercle vicieux. On pourrait arguer que la mécanique de la destructuration de ce format commence à prévaloir comme modèle de musique à impact direct sur le public. Un James Holden pousse ses synthés vers des degrés de dissonnance assez conséquents et travaille ses beats jusqu'à un certain niveau d'abstraction, c'est vrai. Je ne sais pas à quel point la remise en cause du format va s'amplifier. Un lecteur malpoli me faisait remarquer que le Phantom de Justice déforme le sample des Goblin pour susciter une forme de dégénérescence jouissive du morceau, mais ça me paraît assez décoratif, cosmétique, comme subversion de la norme musicale. Etant donné l'état des outils technologiques, produie ce type de déformation ne relève pas d'une réflexion sur le genre mais d'un constat d'une certaine forme d'efficacité de certains "trucs" de production. Il suffit de regarder la liste de plug-ins fournis avec Ableton Live, on y trouve par exemple un "beat repeat", qui se charge, moyennant quelques clic rapides, de destructer un sample ou un beat, mimant les procédés qu'obtenaient un groupe comme Autechre il y a dix ans, par un travail profond sur leurs machines pour tenter de les faire fonctionner de manière non-conventionnelle. On trouvera même des fabriquant de plug-ins dédiés spécialement à la production d'outils voués à ce genre de mécanismes: les Destroy FX par exemple.

Je pense qu'il y a là une forme de tension révélatrice d'un certain état de l'electro. Face à la simplification du travail par les solutions logicielles, une ligne de partage se trace entre différentes pratiques: les tenants du tout-machine traditionnelles, tel Vitalic, misant sur une certaine idéologie du travail bien fait, méritoire, les artistes travaillant à l'ordi intégralement pour raffiner le travail sur le son, mais choisissant de rester dans les cadres préexistants, musicalement parlant, tel Random Factor ou Booka Shade, ceux qui sont passés au numérique mais s'imposent des contraintes personnelles pour maintenir leur "patte" personnelle au sein même du set-up, je pense à The Field, qui dans cette interview explique qu'il ne travaille qu'avec un logiciel de 1995 et dans les conditions du live pour produire ses morceaux, et ceux qui essayent de se placer volontairement en avant-garde, avec ce que ça peut impliquer de pose et d'artifice. On pourrait penser à James Holden, bien forcé de communiquer sur une image de franc-tireur nerdy. Il a pu dire par-ci par là qu'il expérimentait avec des programmes comme Max/Msp, environnement de programmation ne déterminant pas nécessairement le format final du morceau. Il est dur de savoir la part de ces expérimentations dans sa production de musique pour club. Dans l'extrait cité il pose comme connue cette catégorie nommée "post-techno", on imagine qu'il s'y voit dedans, sans doute.

Il y a plus à dire sur les chemins que n'a pas pris l'électro populaire au cours de sa constitution, laissant au champ de l'avant garde musicale la liberté de forme, mais là j'ai pas envie.

un petit morceau:


Kieran Hebden & Steve Reid - The Sun Never Sets

James Holden en dit du bien, ça suffit à me donner envie de l'écouter. Il est vrai en plus que de savoir la part d'improvisation dans la méthode de travail du duo explique pas mal le côté jouissif des changement de rythmes à la batterie, des déclenchement intempestifs de samples et de riffs de synthés, finissant par ramener dans un format quasiment free jazz un peu du plaisir que procure un bon gros morceau de techno arrivant à son climax. ça vient du nouvel album, Tongues.

mardi, avril 24, 2007

Alternatives, mon cul ouais

Quelques remarques diverses avant les nuits sonores:

Après avoir écouté l'émission Alternatives, sur france inter, seule émission de radio nationale entièrement dédiée à la musique électronique, du moins la seule que je connaisse, je me suis posé une question: est-ce que comprendre le concept derrière un groupe équivaut à aimer ce groupe? L'animatrice de ce baromètre de tendance, ni très critique ni très fûté, semblait étayer ses "coup de coeur" par des descriptions génériques qui semblaient suffire à justifier la défense de tel groupe contre tel autre. Par exemple, elle évoquait l'album de Black Strobe à sortir, et que tout le monde semble déjà posséder (ça remontera peut-être le moral d'Ivan Smagghe, perdant du revirement rock du groupe; il analyse la séparation ici, et distille deux trois pensées qui font cogiter dans le bon sens des neurones), en disant qu'il s'agissait d'un super disque parce que c'était un mélange de dark wave, de metal et de disco. Je ne voyais pas en quoi ça augurait de la qualité du disque. Au mieux ça indiquera au disquaire ce qu'il faudra écrire sur l'étiquette du disque avant de le classer. L'invité-sélectionneur par ailleurs n'était pas un producteur de musique ou même un journaliste mais un promoteur de soirée, et ça m'a paru bien spécifique au monde de la musique électronique dansante. Je n'ai pas de souvenir, en repensant à des lectures sur le rock ou d'autres types de musique, d'entretiens avec des promoteurs de concerts ou des tourneurs.

Il semble que la musique électronique soit incapable de parler pour elle-même, elle doit subir un certain décryptage, en particulier lorsqu'on parle de techno ou de house intrumentale, musiques un tantinet abstraites et dont les références, les attitudes de producteur, sont moins lisibles que celle d'un morceau de rock par exemple. Les musiques de club forment un panel d'offre qui n'est pas facile à adapter à une demande. Pour ainsi dire, la demande est à la base inexistante. Le rôle social de ces musiques ne semble pas dépendre d'un groupe social donné, qui assurerait la pérennité de la scène. A priori, on ne grandit pas dans une culture "techno" ou "house" avec l'envie de devenir producteur de ce genre de musique. Le premier réflexe de celui qui , à un point de son parcours, veut participer à la scène électronique, me semble être de manière générale l'achat de platines. Le Dj est celui qui représente la musique de club. Il y a là une attitude à s'approprier, un savoir faire à dompter, une image à composer qui permet de se construire à moindre frais une identité sur la scène. C'est comme s'acheter une guitare pour jouer dans les fêtes. Là où le rockeur se définit non seulement par les groupes qu'il veut singer, tout groupe semblant se fonder par la pratique de la reprise, mais aussi par le choix de son intrument, le Dj se définit par ses disques. Sa performance est la démonstration d'un choix de consommation. Comme tout comportement consommateur, on postule une cohérence dans les choix qui permettrait de recomposer une figure rationnelle idéale qui emploie avec intelligence son capital.

Une émission telle qu'Alternatives, c'est donc ça à mes yeux, un guide raisonné de consommation, où on trie ses disques en fonction de la combinatoire infinie des catégories de base. On signalera un mélange inattendu, un groupe d'electro à l'attitude rock, un projet techno aux influences dub, etc. C'est au fond tenable comme conception, et on pourrait imaginer une hiérarchie des musiques de club selon leur degré d'hybridation, et une hiérarchie des auditeurs selon leur capacité à décortiquer les différentes composantes d'une production donnée. pourquoi pas. ça ne couvre pas tout mais ça explique certains phénomènes. sans doute.


D'autre part, je suis allé lire quelques forums sur Justice, pour savoir ce que les gens en disent, ça me rend curieux tout ça. et je constate l'incroyable goût pour l'hyperbole des fans (en gros le groupe va abolir toutes les barrières de toutes les catégories musicales et sociales de france et d'Europe) mais aussi la violence des attaques contre les voix dissonantes qui se risquent à traîner dans ces espaces. Depuis ça me fait réfléchir à une espèce d'envers du buzz, à un côté sombre de la hype, quand les thuriféraires deviennent si investis du message qu'il portent qu'il en viennent à se sentir personnellement responsables du respect de l'objet promu. Je sais pas. à vous de voir. je le sens comme ça. Juste pour rigoler je vous renvoie au forum Institubes, haut lieu de la buzzerie francophone, le topic sur l'album solo de tekilatex, où un internaute dit avec génie "moi ça me tarde de voir sa promo et les interviews". juste brillant.


pour renouer avec l'habitude de filer un mp3 pour garnir le post, j'ai choisi de filer le remix de Frankie Valentine par Henrik Schwarz.


Frankie Valentine - Zumbi (Henrik Schwarz dub remix)

Je ne sais jamais trop si je vais aimer ou non un morceau de Henrik Schwarz, toujours à la limite de la préciosité dans ses arrangements de percu et de piano. Là je trouve qu'il a tapé dans le mille, comme pour son remix d'Alex Smoke ou sa collaboration récente avec Jesse Rose (quatorze minutes de bonheur). Parfois il verse franchement dans le côté un peu quality street de la house un peu lounge qu'il pratique (cf certains choix de remix genre Camille ou certains des titres qu'il a sortis sur son label Sunday Music). Ici, il dépouille l'original de la plupart de ses ornements soul pour ne garder qu'une structure un peu tribale, guidée par un kick super strict qui marque l'appartenance house de l'ensemble et garnie de percus super bien arrangées. Il attend la moitié du morceaux pour introduire des éléments harmoniques; d'abord des nappes de synthés assez sombres et par la suite des accords de piano qui remplacent progressivement des éléments percussifs, un peu à la manière des claviers dans la techno de Detroit. La petite touche inattendue et très réussie je trouve c'est le traitement de la nappe de synthé à 4'30, dont la texture devient soudain rugueuse, sans doute par un changement de la fréquence d'échantillonage du son ou par l'introduction d'une dose de bruit blanc dans l'onde du synthé, qui rompt le côté faussement référentiel du morceau, celui-ci se présentant jusque là comme une pseudo captation de musique live bien ordonnée. ça capte l'attention immédiatement, enrichit les harmoniques de la nappe et fait regretter que le morceau approche alors sa fin. En termes de catégorie je pense qu'on dirait que le morceau mêle traitement du son façon techno minimale allemande, mixe les percus et les claviers façon techno Detroit, et puise ses références dans la soul et la world music. je pense que ça en fait donc un bon morceau certifié et de moi un bon auditeur que l'on se gardera bien de critiquer en commentaires.

samedi, avril 14, 2007

Skiplist #1


Deux messages en deux jours, je fais péter les stats en ce moment. Mais j'en ai gros sur la patate. je voulais profiter du post précédent, qui présente avec un brio peu commun un cas de sampling flemmard, au point qu'on se demande même pourquoi il est bon de donner un nouveau titre au morceau, pour évoquer des cas similaires. ça m'a donné ensuite l'envie de créer une nouvelle rubrique: la "skiplist", l'anti-playlist, la liste des trucs à éviter, la poubelle de la musique électronique du moment. Je sais que ça fait aigri, mais bon, ça divertit aussi hein. Je devrais peut-être attendre d'être un grand producteur d'electro pour dauber sur les autres mais là j'ai pas le temps.

c'est parti, dans le désordre:

1/ Phantom, de Justice. Les pouliches de Pedro Winter démontrent une inventivité en terme de sampling qui n'est pas sans rappeler les talents d'acteur de Patrick Bosso. Le morceau est écoutable sur le myspace de Ed Banger records. voilà l'original: Tenebre, par Goblin. La référence est sympa, on aime bien ressortir ses vieilles musiques de film d'horreur, c'est rigolo, mais quand on se contente de reprendre le thème en le tripotant un peu, de le garnir de quelques riffs saturés périphériques, de quelques touches de basse et pouf, a-t-on vraiment intêret de présenter ça comme un morceau original? je ne voudrais pas m'embarquer dans une discussion sur les mérites du sampling, je veux juste faire remarquer qu'en musique électronique la catégorie du remix est tout sauf honteuse, ce n'est pas de la création de seconde zone. Pourquoi ne pas juste avouer qu'il s'agit plus d'un Tenebre (Justice mix) que d'un Phantom? ça me dépasse. Le fait que je les trouve gravement surévalués n'est pas étranger à ce sentiment. J'ai écouté aussi "BEAT" sur leur myspace et ça me conforte dans mes idées.

2/ Chromophobia, de Gui Boratto. Franchement, quel mouche a piqué l'ensemble de la presse et de la blogosphère pour dire que ce disque est un des meilleurs albums de l'année? c'est quand même dingue qu'un tel agrégat de tracks poussifs et lourdauds s'attire autant d'éloges. Il doit y avoir un truc qui m'échappe. Il est marrant de voir que le titre qui semble cristalliser les qualités du disque soit le "beautiful life" de la fin du disque, sorte d'équivalent musical d'une tartiflette froide un lendemain de fête, ça pèse un peu quand même.

3/ Scratch Massive. No comment. Leur carrière brillante se poursuit.

4/Just Jack. J'ai même pas envie d'en parler.

5/ le deuxième album des !!!, Myth Takes . j'ai cru comprendre que certains l'apprécient, je peux le concevoir, cela dit, à mes yeux, avec ce disque, le groupe rentre dans le rang.

6/ Le nouveau maxi de Sex In Dallas. La maison de disque a beau agrémenter le tout d'un remix par Isolée, rien n'y fait. Déjà bien merdeux à son apparition comme fossoyeur de l'électroclash, le groupe inspire maintenant la pitié plus qu'il n'agace.

7/ tous les derniers maxi de Kitsuné. Pathétiques. mention spéciale au groupe Passions avec "Emergency". Quelle originalité!

8/ Tout Trentemoller. A éviter comme la peste. J'ai entendu dire que certains de ses fans sont morts étouffés dans la guimauve. info ou intox? dans le doute, abstenez-vous.

9/ Plein d'autres trucs.

vendredi, avril 13, 2007

ça médite le retour

hello,

je me baladais sur la grande toile quand soudain je trouvai ce blog:

Palms Out

on peut y écouter en intégralité certains des morceaux samplés par Daft Punk. et dans certains cas, ils ne se sont vraiment pas fait chier. ça donne à méditer. Je constate que mon impression selon laquelle le groupe avait affiné sa technique entre son premier et son deuxième album est assez fausse. D'autre part, confirmation que Robot Rock est un vilain remix qui refuse de dire son nom...L'original de Breakwater est tout aussi fun, avec ce riff tout fou et en plus un refrain catchy (cf jukebox). A titre de comparaison, une analyse du sampling de Sister Sledge ayant servi à créer Aerodynamic: ici. Le travail créatif y était plus évident. Au fond ça ne me gêne pas, mais bon, il faut appeler un chat un chat. Si Robot Rock n'avait pas été le lead single de l'album, ça serait pas grave. enfin bon. hein.

Faites passer à vos potos. poti. whatever

edit: j'ai poursuivi la lecture du post de palms out sounds, que j'avais parcouru en vitesse, et j'ai vu le petit débat qui anime les commentaires, encore assez vif pour un morceau déjà assez vieux, presque deux ans. c'est sans doute lié à la grande vitalité de la référence daft punkienne dans les développements récents des scènes musicales électroniques. beaucoup de groupes sont identifiés nouveaux daft punks, quand ils ne revendiquent pas eux-mêmes l' héritage. On se rend compte que ce qui se joue ici n'est pas seulement une manière de faire de la musique mais aussi certaine idée de la société, mélange encouragé par le groupe lui-même. le débat n'est pas inintéressant non plus pour cerner les positions des auditeurs sur des questions de sampling en musique.

Le morceau "robot rock" fait évidemment figure d'exemple chaud, vu la nature très minimale de la retouche des frenchies. Certains sont un peu dégoûtés de découvrir que tout le fun du morceau provient du travail d'un autre groupe. j'aurais tendance à me joindre à ce groupe d'auditeurs, dont l'un clame "i just realized there is no santa". toute l'astuce du groupe, le ressort principal du troisième album, est justement d'avoir poussé à l'extrême ce qui constituait une critique récurrente depuis leur éclosion commerciale: à savoir une méthode de travail basée très clairement sur l'emprunt, parfois éhonté, à des oeuvres préexistantes, et pas toujours de façon avouée.
Un des commentateurs de l'autre blog prétend qu'en lisant attentivement les notes de tous leurs disques on retrouve des crédits pour tous les artistes samplés. perso, j'avais acheté Discovery à sa sortie (soit dit en passant il reste un de mes disques favoris hein) et je me souviens assez nettement qu'en réalité un très petit nombre de samples sont déclarés dans le livret, la communication du groupe étant même basée à l'époque sur l'idée que contrairement à Homework, l'album était presque complètement joué. Quelques mois plus tard on avait compris que tous les morceaux sauf un ou deux tournaient autour d'un sample musical emprunté.

Human After All s'ouvrait donc sur ce truc de trois minutes, qui est réalité un sample mis en boucle avec, pour ainsi dire, rien autour. la démarche m'apparaît extrêmement roublarde, vu qu'elle a effectivement polarisé le débat entre les fans puristes louant la dimension quasi-conceptuelle de l'entreprise, en citant les titres des morceaux de l'album comme autant de preuves d'un discours exemplifié en action par l'album ( en gros, dénonciation ironique, cf titre de l'album décrivant exactement l'inverse de ce le disque contient, d'un mode de vie déshumanisé par la société médiatique de consommation, dénonciation d'autant plus probante que l'album lui-même entend rafler le pactole à moindre frais) et les autres, les pisse-vinaigres, les haters, qui n'ont pas compris. et comme souvent avec ce genre d'entreprise, quoiqu'on pense on a tort.
Avancer, comme je le pense, que l'argument est fallacieux, puisqu'au fond prouver ce genre de thèse en faisant cracher du fric au consommateur (tout le monde ne le télécharge pas, quoiqu'on en pense) est assez douteux, cela revient à faire comme si on n'y a rien compris. à l'inverse, célébrer leur disque comme démarche multimédia performative, en soulignant la cohérence du discours environnant la sortie, "on ne donnera pas d'interview, le disque parle de lui-même", c'est s'interdire de voir que le projet politique du groupe est sans doute secondaire et apparaît comme justification a posteriori d'une création paresseuse. dans tous les cas, c'est Daft Punk qui a raison. fils de pute. Comme quoi, même pour secouer les dancefloors, il n'y a rien de tel qu'un soupçon de politique. Vivement le prochain album, "Fuck Bourgeoisie" ou " Computer Le Pen", j'imagine, avec un single "money does'nt matter" qui samplera un discours de Guy Debord sur fond de Martin Circus avec un beat bien phat pour faire péter les enceintes. Là on pourra écrire "et le pire c'est qu'on adore!".

edit de l'edit: il me revient à l'esprit qu'à l'époque je m'étais fait pincer à la fnac en train de chourer l'album Human After All. il y a sans doute une métaphore politique là dedans, si on y réfléchit. forcément.

edit (ter): je viens de voir qu'il existe même un article de la wikipedia sur la chanson, prouvant encore, si besoin était, que la démarche a fait mouche. l'article de la wiki est d'ailleurs assez rigolo dans sa tentative de démonstration de la pertinence du titre, en signalant par exemple que la face B fonctionne sans le sample, comme pour dire que, finalement, le reste ne doit pas être si pauvre ça pour remplir six minutes de plus.De manière assez marrante égalemet, l'article cite une phrase de la critique par stylus magazine, comme exemple de propos assassin ayant accompagné la sortie du single. pourtant, à lire la critique en entier on comprend qu'en réalité cette phrase, "a plastic guitar riff that does nothing, means nothing and goes nowhere for an unconscionably long time", entend démontrer au contraire l'acuité très postmoderne, et donc chouette, de la chanson.
c'est dire si l'on finit par en dire des conneries à force de parler de ce disque. c'est sans doute la force du groupe! non je déconne. pfff. au moins ça me redonne envie d'écouter Europe.

lundi, mars 26, 2007

Plus de Zob, Moins de Musique

Ah, flûte, je ne publie pas assez dans ce blog à mon goût. Mea culpa. j’aurais pu vous dire à quel point le concert de Lcd Soundsystem, à Tournefeuille, fut décoiffant, vous pousser à aller chercher le mix de Lovefingers et Loud-E pour Beats in Space, monstrueux, vous parlez du très punchy album de The Field, mais je n’en ai rien fait. tant pis. Aujourd’hui j’ai plus profond à raconter.

En hommage au grand philosophe Baudrillard, qui nous a quitté il y a quelques jours, je vais tenter de présenter un cas fascinant de réalité vaporisée sous les couches de représentations trompeuses: l’affaire de la quéquette disparue.

Il y a quelques temps, une personne me demanda de lui passer quelques épisodes de la quatrième saison de Nip/Tuck, la série sur les chirurgiens torturés du zob. Je m’exécutai, et, quelques jours plus tard, par oisiveté, un soir, regardai un des épisodes. N’ayant rien vu depuis la deuxième saison, je me sentis perdu dans tous ces personnages inconnus et intrigues nouvelles. La wikipedia s’imposa alors comme le meilleur recours à ces manques. Mais se présenta une énigme palpitante: Matt Macnamara, le fils du gentil chirurgien, a-t-il coupé la bite d’un transsexuel qu’autrefois il tabassa? Le débat fait rage par pages interposées, jugeons plutôt:

Dans l’article “Matt MacNamara”, qui présente la biographie de ce personnage, on trouve ce récit. Matt est sorti pendant quelques épisodes avec Ariel,la fille d’un fou d’extrême droite, Mr Alderman. Ariel le surprend alors qu’il passe un peu de temps avec Cherry, le (la?) transexuelle, qu'il avait molesté après avoir découvert, sur le point de copuler, qu'il/elle était encore pourvu de ses attributs génitaux masculins, et prépare une vengeance pour les anciens tourtereaux:

“Ariel drives Matt back to her house, where he is forced inside and to the basement by Mr. Alderman. Cherry Peck is then brought into the basement, roughed up and bound to a chair next to Matt. After Ariel ties Matt up to a chair and puts make-up on him, Cherry mentions that Ariel’s father has a gun. Ariel tells her father that this wasn’t the plan; they were only supposed to scare Matt and Cherry, not hurt them. Mr. Alderman advises Ariel to go upstairs, which she does. Left alone with Matt and Cherry, Ariel’s father says that he wants to play a little game with them. He wields a box-cutter and plans to cut off the penis of whichever of the pair makes a prettier girl. He decides on Matt, but Cherry saves Matt from having to cut his own penis off, telling him to do it to her. Cherry assures Matt that it’s alright, and after being threatened at gunpoint by Mr. Alderman, Matt does (presumably) cut Cherry’s penis off.”

Cette dernière phrase pique la curiosité. Pourquoi le rédacteur de l’article s’abstient-il de prendre parti sur l’ablation du pénis de Cherry? j’ignore de le savoir, n’ayant jamais vu l’épisode en question. La lecture des autres articles ne m’a pas vraiment aidé; la biographie de Cherry semble indiquer que le sacrifice de sa bite fut total:

“Later, Cherry and Matt are both kidnapped by Ariel’s father, Eugene. Eugene does not agree with the idea of a transsexual, nor the fact that his daughter’s ex-boyfriend is associating with one. He tortures both Matt and Cherry by having them perform harmful and painful acts on themselves by holding them at gun point. Mr. Alderman then plays a sick game dressing Matt up in make-up and then deciding to cut the penis off of who he thinks will be the “prettier girl.” Matt is chosen but Cherry volunteers to have her penis cut off instead and then Mr. Alderman forces Matt to castrate Cherry.”

Notons néanmoins que la formulation de permet pas de savoir précisément si Matt a effectué la castration complètement, ni même s’il a obtempéré. Si on se reporte à l’article Ariel Alderman, la castration n’aurait tout simplement jamais eu lieu! Troublante révélation:

“A day later, Ariel invites Matt into her car and tries to talk to him nicely asking about Cherry Peck. When Matt refuses to talk any further, he goes to get out of the car, but Mr. Alderman gets in on the passenger side before he could do so, and he gets taken to their house. When there, Matt gets tied to a chair in the basement, and Ariel applies makeup to him. Then Cherry Peck is brought downstairs at gunpoint by Mr. Alderman and is tied up too. Ariel then finds out her dad plans on doing more to Matt and Cherry then he said he would, and she starts protesting, then gets run out of the basement by him with threats made about both of their reputations if her school was to find out she dated a “faggot”. Then he decides to try to force Matt to cut Cherry’s penis off, but eventually decides against it and drives both of them to a field to try to make Matt bury Cherry alive.”

Il n'y a pas d'article sur le père, nous ôtant la possibilité d'obtenir enfin le point de vue manquant. L'information semble introuvable.

Un coup de google plus tard, je tombe sur ce teasing, écrit au moment de la diffusion de l’épisode:

“Cherry Peck (you may remember her as the transvestite that Matt brutally assaulted earlier in the season in the episode “Kiki”) visits McNamara/Troy looking to have some work done. After her assault, she went to a less than qualified “surgeon” and the results weren’t so hot. However, she wants the work done free – or else she’ll go to the cops and out Matt as the person who attacked her. After Sean tells Matt about this, Matt insists that he do the surgery so that he can make it right. After the surgery, Matt takes Cherry to the mall to buy some make-up. They bump into Ariel and her Dad. Neither of them look amused and Ariel has a few words for Matt… use your imagination.”

C’est à croire que l’on joue avec nos nerfs. Pourquoi ce phallus serait-il condamné à une semi-existence, entre fiction et fiction de fiction? c’est à y perdre la tête, pris dans la spirale de ces simulacres de fictions vaguement en prise avec le réel… On pourrait penser que la scène est simplement coupée, les auteurs jugeant ce détail peu pertinent. Mais alors, notre perplexité augmente lorsque l’on se reporte au résumé de l’épisode suivant, où l’on découvre que le tueur en série/violeur en série, le Carver, aka Quentin Costa, une des intrigues récurrentes du programme télévisé en question, poursuit ses activités criminelles parce qu’il n’a pas de pénis… En fait, il semble qu'il n'en a tout simplement jamais eu, à cause d'une curiosité biologique que les scénaristes ont du couver pendant des mois avant de réussir à la caser dans la série. La chose étonnante, c'est que la principale raison de la durée de l'enquête, un temps portée sur le vrai coupable, Costa, avant qu'il ne soit à tort disculpé, c'est que les victimes témoignaient d'un viol avec bite. Les deux intrigues se mêlent et apparemment troublent vraiment les internautes. Voici le récit du dernier épisode de la saison, qui conclue les deux storylines; il y apparaît clairement que le rédacteur a cru on imiter le montage en parallèle des séquences, rendant certains passages bizarres:

"A house full of sorority girls is attacked by The Carver, and the doctors are called to the scene, where they meet Kit. They tell her that they've been asked by the parent of one particular girl to fix her daughter's face. They find the girl and she tells them that she walked in on The Carver as he was raping her friend, and that's when she saw it-he didn't have a penis. Rather, he was using a strap on. Realising that this once again makes Quentin a viable suspect, the police storm his house, only to find him tied to a bed, his cheeks slashed and 'I CAN'T STOP' written in blood above him. The doctors are at first reluctant to fix his face, but, after hearing his story, decide to do so. As they perform the surgery, Kit interrupts and arrests Liz. Meanwhile, Matt is speaking with Ariel. They argue briefly, but it turns out it's all a trick, as Mr. Alderman forces his way into the car and drives them away. Sean goes in to check on Quentin post-surgery, but is knocked out from behind by The Carver. After Sean falls to the floor, he removes his mask and we see it is Quentin; Gina is in the bed, her cheeks carved. Sean and Christian wake up tied to separate operating tables. Quentin walks between them, taunting them, and explaining how he is not a madman, as they might suspect. This builds up to him cutting off Sean's pinkie finger. Running parallel to this is a scene in which Matt and Cherry are similarly tied up in Mr Alderman's basement and tortured. Initially, Alderman goes to cut off Matt's penis but decides he can't do it, and decides to instead force Matt to cut off Cherry's penis. He tries to resist but, a gun pointed at him, he does it. Quentin, dissatisfied at simply removing a finger, decides to go for Sean's thumbs. Christian stops him, however, and offers himself. Quentin decides that Christian must remove his own hand. Just before he can do this, however, Quentin is shot and killed by Kit. Out in the woods, Mr Alderman attempts to get Matt to bury the bleeding Cherry alive. Matt ends up walking away, saying how he doesn't 'care anymore'. Cherry comes up behind Alderman and knocks him down with the shovel. Matt encourages her to shoot him. She does so, though we do not see the result. After explaining to them Quentin's history, Kit leaves.

Notons ici que le rédacteur a opté pour la version zob sectionné de l'histoire; mais est-ce à cause de la proximité frappante avec une autre scène où l'on coupe le "pinkie finger" d'un autre perso? Que la télé ne montre pas lez zobs, je peux le comprendre; mais qu’elle les fasse disparaître à la fois biologiquement, manuellement et par ellipse, ça tourne au complot. Cette affaire de zgueg manquant surprend par sa pudeur, d'autant plus que, au fond, il n'y a pas vraiment de raison de cacher l'issue du coupage de zob pour épargner au public maculin une image de castration non-voulue puisque Cherry est en attente d'opération de transformation: cela rend cette épreuve moins décisive. Comme Baudrillard, que je n'ai absolument jamais lu, le disait si bien: "le réel n'existe plus". Eh bien en voilà une sacrée démonstration. A vous d'en tirer les conclusions qui vous conviennent.

Finissons en musique avec The Field. Deux samples de guitare accélérés, une boîte à rythme, des synthés trance pouet-pouet, et quatre dernières secondes hilarantes, donnant presque à entendre le ressort qui fait tourner le sampleur péter et détendre brutalement les échantillons sonores qui retrouvent leur vitesse normale, parfois il n'en faut pas plus pour faire de la techno. C'est limite cheesy, franchement limite même, mais on va pas cracher dessus.

J'ai repris le lecteur intégré de Pitchfork. Pourquoi se faire chier?


dimanche, mars 11, 2007

jeudi, mars 01, 2007

Etre ou ne pas être souterrain

Salut salut,

Il y a quelques semaines je notais que beaucoup de morceaux d’electro actuels sont caractérisés par des similitudes troublantes de production, en particulier l’ajout d’une grosse louche de reverb sur la plupart des pistes. Et bien figurez-vous que j’ai retrouvé l’homme qui à lui tout seul a inventé ça: Jay Haze. Ce n’est pas une spéculation de ma part: il le revendique. Il est aussi l’homme dont les interviews sont les plus commentées dans le monde de la musique électronique, il l’affirme également. Il est un peu celui dont tout le monde parle en fait. Il connaît mieux la vie que vous et moi. C’est grâce à lui que Ricardo Villalobos a écoulé dix mille vyniles de Easy Lee. Il aurait pu être souffleur de verre, à succès qui plus est. Il peut être assis à côté d’une star dans l’avion et ne pas lui adresser la parole du trajet. Timbaland lui a écrit pour lui dire qu’il est hyper fort. Il est comme ça Jay. Nature, Brut de décoffrage (et peut-être un peu porté sur le pipeau…). Il nous met au défi de trouver une seule personne qui l’accuse d’être vénal. Même quand il produit avec un autre mec c’est quand même lui qui fait tout, le Jay. Il le dit lui-même, il est un peu comme Matthew Herbert, il sait faire de tout, et bien le faire. En plus il détecte facilement les mecs qui ont pris la grosse tête. Jay, surtout, il est vraiment underground, se définissant systématiquement contre la hype.

On tient là deux des pôles qui contribuent à structurer l’espace de la musique électronique: la hype et l’underground, qui sont deux modes d’existence dans l’espace de la scène életro, le visible et l’invisible. Les deux se placent à rebours du mainstream, de façon différente. La hype reste tributaire de manoeuvres de buzz, parfois orchestrées avec talent, et semble condamner ses ressortissants à ne jamais pouvoir goûter cet état de grâce miraculeux qu’est le double statut des stars underground, connues et respectées.

Jay Haze se pose en ultime autorité (comme le fait Daniel Wang dans ses articles de Discopia (cf links), en particulier “he ain’t no pope”) de l’être-souterrain, la prétendue anti-thèse de la hype, le type si éloigné de la hype qu’il en devient le modèle. Qu’est-ce qui différencie Jay Haze de n’importe quel autre artiste interviewé sur le même site? A l’aide des propos Haze et de Wang on peut tenter de dégager quelques traits distinctifs.

L’underground, c’est une métaphore spatiale, elle désigne les phénomènes qui seraient en-deçà de la scène musicale visible. De fait, les artistes underground revendiquent toujours une sous-exposition médiatique, dont on ne sait jamais en fait à quel point elle est voulue. Qui plus est, le terme exposition recouvre des pratiques très distinctes, le pseudo anonymat des Daft Punk n’a rien d’un retrait médiatique par exemple, et de fait, de revendique aucune appartenance souterraine.

D’autre part, pour creuser un peu plus la métaphore spatiale, l’underground désigne également un réseaux de lieux alternatifs: des pays moins visibles, des villes moins évidentes, des salles plus obscures. A partir de cette carte mondiale de l’electro s’établit un barême du mérite. Devenir Dj techno à succès à San Francisco attire plus de compliments qu’à Berlin, l’essor de Dirty Birds en 2006 en témoigne. Pier Bucci en provenant du Chili accroit sa crédibilité souterraine, alors que, musicalement, ses productions sont particulièrement faciles d’accès. Chaque producteur peut se voir ainsi affecté d'un coefficient de crédibilité underground selon son son et sa situation sociale (géographique, professionnelle, familiale...).

Un des traits relevés brièvement par Wang me semble très important: la supposée non-reversibilité des transfuges underground/hype. La formule qu’il cite est éloquente:”Remember kids, once you sell out, the underground will never take you back.”, dit-il, en attribuant cette phrase à Sarah Ellison. L’underground serait ce corps collectif régi par un certain nombre de règles tacites, et dont la trangression signifie le outing, l'exclusion hors de la sphère de la respectabilité. L'underground électro s'appuie par exemple sur une certaine idée de la pureté de l'expérience musicale. Dans ce blog, on a pu évoquer parfois des brouillages occasionnés par des paramètres sociaux qui empêchent de pleinement profiter de la scène électro; en particulier une certaine forme de réinvestissement des cultures house et techno par une classe fortunée. Dans l'idéologie underground, il serait encore possible d'avoir une expérience non-polluée de la musique, par une abstraction de l'environnement mondain. C'est ce à quoi aspire Wang dans son article. Il voudrait que les gens cessent de réfléchir à leur propre situation sociale en contexte de club, pour se connecter directement à la musique. Malgré son irréalisme, cette proposition peut se lire en creux dans de nombreuses notes d'intention et entretien de producteurs d'electro (voir l'interview de Burial citée par James Holden).
A partir de cette hypothèse, on constate que de nombreux projets musicaux qui s'appuient sur un certain discours non-musical se voient disqualifiés, je pense par exemple au dernier Cassius, dont les principaux arguments de vente reposaient sur des données d'intention: retrouver de la spontanéité avec un enregistrement en temps limité, rechercher un certain esprit house révolu en partant à Ibiza (sans parler du fait que Cassius étant quasiment mainstream le voyage vers l'undergound est inenvisageable). A l'inverse, tous les concepts s'articulant autour d'un certain culte du son peuvent prétendre au prestige souterrain. La techno minimale, au moment de son apparition, en fut le parfait modèle. S'appuyant sur une façon de construire le morceau qui déconstruit le modèle techno classique, forme de reverse engineering musical, les artistes mettent l'accent sur des phénomènes microscopiques de production, rendant l'écoute plus exigeante. Ce prestige underground a fini par grandir de façon telle que le label de Richie Hawtin, Minus, se voit aujourd'hui taxé de hype, par Jay Haze en l'occurence. Leur notoriété acquise par le culte du son pur finit par déborder sur la loi fondamentale de non-exposition médiatique.
Certaines tentatives de voyage retour peuvent sembler douleureuses et difficiles. Les Scratch Massive semblent en être bien conscients puisqu'ils emploient l'essentiel de leur interview dans Trax à se dédouaner de toute trahison underground en décrivant leur expérience dans une major compagnie (pour leur premier album, une nullité) en ces termes "les majors c'est comme la prison, une fois que tu y as goûté, tu ne veux pas y retourner". Formule dont Trax fait son miel en la reproduisant une page plus loin en capitales noires soulignées de rouge. Le propos ne fait pourtant pas vraimen illusion, d'autant plus que le journaliste a cru bon de préciser que l'entretien est organisé dans un hôtel chic tenu par des promoteurs mondains parisiens en vogue. C'est presque avec des accents réactionnaires qu'ils endossent leur habit rhétorique d'anciens, qui ont connu "la tôle ondulée, les bières posées sur les parpaings, les ectas et Liza N'Eliaz". On constate ici la propension de l'underground a se comporter en fonction d'une mémoire collective, qui n'oublie rien et pardonne peu. Musicalement, leur repentir passe par la fierté d'avoir pu faire masteriser leur disque (le deuxième album, une nullité) par un des deux membres de Maurizio, icône underground ne souffrant aucune contestation. Ce duo fait partie des intouchables. Cela tient sans doute au fait que pendant des années on a cru qu'il s'agissait d'un homme seul, un des deux membres du groupe ne voulant pas rendre publique son existence.
Des projets tels que Maurizio, on en compte quelques uns, la nébuleuse Dopplereffekt/Arpanet/Japanese Telecom, Drexciya, Underground resistance, entre autres, dont la réputation repose sur l'anonymat, ascenseur direct vers le prestige underground. Beaucoup aimeraient en arriver là, sans avoir à supporter le fait qu'ils sont, en réalité, absolument inconnus. Metro Area n'en est pas loin, grâce à Darshan Jesrani, que son collègue Morgan geist décrit comme absolument rétif à la notoriété, ayant refusé que le groupe se produise en live. Richie Hawtin réussit pour sa part à rester une icône underground tout en étant assez connu pour se voir commander la musique de la cérémonie d'ouverture des jeux olympiques de Salt Lake City, preuve s'il en était besoin que la question de l'underground ne concerne en réalité que des formes de notoriété symbolique.

L'article de Wang a ceci de drôle qu'il en vient à détailler la casuistique du Dj cherchant à rester authentiquement underground. Il se doit par exemple d'éviter toute chanson qui, à l'échelle de la scène dans laquelle il est joué, peut être apparenté à un hit, quitte à renoncer à des morceaux faisant d'ordinaire partie de ses favoris. Il cite en exemple les titres disco produits par Arthur Russel dans le milieu des clubs new-yorkais. La tracklist du Dj devient un objet d'étude pour les amateurs éclairés, rendant le travail de sélection complexe puisqu'impliquant à tout instant des choix dépassant largement le cadre d'une soirée; à chaque titre, chaque enchaînement, chaque intervention sur la table de mixage, c'est une certaine idée de la musique (voire plus!) qu'il met en jeu, qu'il le veuille ou non. Certains disc-jockeys s'en accommodent facilement, étant doués pour mesurer la portée de chaque morceau, d'autres s'y cassent les dents (cf les réactions acerbes des puristes dans certains forums sur les sélections d'Agoria, "ah le salaud, il a joué un Prodigy, il nous prend pour des singes ou quoi?"). le problème étant de savoir à quel point les gens consomment une certaine idéologie, un certain discours, au lieu de la simple succession des morceaux.

On en arrive en fait à ne pas trop savoir ce qui est underground ou pas, puisque dans tous les cas les connaissances demandées pour établir le statut semblent en limiter l'accès à des personnes dont le niveau social est d'ordinaire opposé à l'underground. L'underground se mérite, on ne peut pas l'être quand la vie a été trop facile grâce à une famille fortunée; la façon très cash qu'à Jay Haze de confier les épisodes les plus douleureux se son enfance est assez parlante, me semble-t-il, comme une transaction entre ses confessions et un accroissement de son coefficient crédibilité.
Dès qu'apparaissent les germes d'un discours légitimiste de type "underground", les processus de "gentrification" d'un milieu (pour reprendre l'expression de Dimitri Della Faille dans un article sur les scènes post rock et techno minimale de Montréal dans la revue Volume!) en sont plus très loin; les bourges sont dans la place.


Pour l'heure, Jay Haze reste un sacrément bon producteur, pour preuve ce morceau dont il dit dans son entretien qu'il occupe une place à part dans son oeuvre:


Jay Haze - Soul in a Bottle (feat Big Bully and Sven VT)


Quand je disais que la techno minimale rappelle les opérations de reverse engineering, je pensais typiquement à ce genre de morceau. Peu d'élément, deux-trois riffs de synthé, quelques touches percussives, juste de quoi vérouiller un groove qu'on ne lâche plus jusqu'à la fin du morceau. Chaque piste qui s'ajoute se donne à entendre à la fois pour elle-même, au sein d'un tout très dépouillé et en relation avec les boucles environnantes, permettant ainsi de décomposer le fonctionnement d'un morceau de techno classique. En cela, le morceau correspond tout à fait à ce que Jesse Siminski dit de la techno pratiquée par le label Minus: "Often times with minimal techno tracks it’s stripped down percussion and groove". La qualité entêtante du morceau provient du traitement distant de la voix, et de ce riff synthétique lent et simple qui guide toutes les pistes. Des éléments supplémentaires viennent ce greffer sur ce squelette, sans jamais prendre le dessus, ni donner l'impression de surcharger le titre. De la belle ouvrage, ma foi.


Go to Beatport.comGet These TracksAdd This Player




ps: encore une compil hip hop gratos: ici. Le titre final de Aesop Rock est étrangement clubby.

dimanche, février 18, 2007

Sottises en vrac

Salut à vous

faute de coup de coeur décisif, je vais proposer quelques trucs à éviter:

  1. le dernier Trax. évidemment. Pour preuve, j'ai relevé des perles:
-le portrait de Pierre Lx (p.7) dans le sommaire du cd: "on ne sait pas grand chose sur ce français". Conseil de pro: essayez Google, ça marche hyper bien. On tape "pierre lx" et on tombe, en premier résultat, sur son myspace, avec une biographie. C'est chaud à retenir comme astuce mais c'est bien pratique ce truc.

-on y apprend que les interviews des Clipse sont "souvent déprimantes parce que dépressives" (p.14). Dans le même article, le journaliste nous explique que la chanson "Kilo" de Ghostface Killah est une métaphore de la drogue. Métaphore? ah bon.

-La géniale question posée à Tom Pooks, pour commencer son portrait chinois (p.19): "Si tu étais un Dj, tu serais qui?", à laquelle il répond poliment: "Je le suis déjà". C'est quand même merveilleux qu'une telle ineptie soit publiée. Que la question soit posée pendant l'interview est déjà un bon indice du niveau de préparation effectuée, mais le fait qu'elle soit retenue pour la version finale me plaît encore plus.

-Blindtest de Francesco Tristano: "Tu a commencé par le piano jazz..."interruption de l'intéressé: "Pas vraiment". Dans la même page, on apprendra que Luciano Berio est "un artiste à découvrir". Merci Trax, de la part de l'histoire de la musique.

-p32, le journaliste, à la plume assassine, raille les magasins de disques qui "vendent les vyniles comme si c'était des jeans made in China". C'est vrai que c'est moins classe qu'un col roulé en cachemire de chez Kitsuné ou un sous-pull de chez Yoji Yamamoto.

-une pelletée de comparaisons absurdes dont le magazine est devenu le champion: par exemple, "genre Nina Hagen meets Steve Bug".

-la présence d'un article sur Just Jack après les éloges que le magazine professe à l'encontre du discours anti-hype de Scratch Massive.

-la "dialectique de la fureur et de la grâce"(p42). ça veut dire: de la techno accompagnée du piano. je ne déconne pas. Un peu plus bas: "les paupières frémissent avant de s'éteindre, mais c'est le piano qui pleure". no comment. je n'ose pas évoquer le paragraphe où le journaliste affirme qu'un des morceaux du dernier Alva Noto "emporte l'auditeur non moins que dans la dimension du sublime kantien".

-N'oublions pas que le dernier Air est "un parachèvement à la déprime hermétique" (p46)

- l'article qui débarque avec trois ans de retard sur le retour du rock psychédélique/progressif à New York. Je me demande pourquoi en ce mois de février 2007 ce papier débarque.

-Valérie Leulliot en album du mois. fabuleux. bienvenue dans le mensuel de la musique électronique. Bientôt Miossec en couverture. On sent que les journalistes ont du mal à accepter que tout disque à la mode n'est pas nécessairement électronique. Ils préfèrent tordre la raison d'être du magazine plutôt que de renoncer à couvrir les trucs hype les plus chauds.
Pris d'un scrupule le journaliste précise malgré tout que par le passé elle "n'a jamais rechigné à user de l'électronique". chouette alors.
-la chronique sur l'album de AntiMc, disque de hip hop auquel on reproche la présence de rappeurs, trop "braillards" (p. 66).

etc etc. j'en peux plus.


L'émission "Système disque" sur France Culture.

Ca se présente comme une émission qui se propose d'étudier les mutations du marché du disque, et en fait c'est une tribune offerte au monde des maisons de disque pour déplorer les excés du piratage et attribuer aux internautes la baisse des ventes de disques. On y plaide pour les drm, et tout le tralala. Atroce. J'y ai consacré deux heures de ma vie, et je m'en sens encore tout sale. Beurk.

A l'inverse, une bonne interview de Robin Rimbaud, alias Scanner, en podcast ici. Il y propose des réflexions intéressantes sur les mutations de l'industrie musicale, en faisant justement remarquer l'absurdité de la démarche des majors qui investissent des sommes folles dans l'enregistrement des disque, pour, à l'arrivée, promouvoir la vente de mp3 (protégés numériquement) à très faible débit, 128 kps dans le cas du itunes music store par exemple. A écouter.


jeudi, février 01, 2007

Tip

De la musique nouvelle, gratuite, et bonne: ici. Ce n'est pas vraiment le genre de choses dont on cause dans ce blog, mais il faut bien faire tourner les bons plans pour les amigos.

vendredi, janvier 26, 2007

Warning!



Trouvé sur le site de Lcd Soundsystem, dont on parlait l'autre jour. Comme quoi james murphy a une conscience citoyenne.

lundi, janvier 22, 2007

De la techno pour tous, tout de suite

Assemblage de remarques diverses, avec plein de liens:


J’ai l’impression qu’une forme de marché étrange est en train d’apparaître autour de l’idée selon laquelle, compte tenu des avancées récentes en matière de logiciel musical, tout le monde aujourd’hui peut prétendre devenir producteur de musique électronique. Le logiciel Ableton Live communique beaucoup autour de cette idée, en essayant de promouvoir leur produit à la fois auprès des débutants et des professionnels: "You can effortlessly shape sounds without being concerned about technical intricacies, but if you like to dig deeper, you will find myriad possibilities for creating unique, personalized sounds" (trouvé sur le site Ableton.com). On retrouve le même discours chez Reason ("Making music should be as easy as powering up a computer, loading up a powerful piece of music software, and getting down to business. And it is"), et chez Mackie, pour le séquenceur Tracktion. Apple propose une solution graduée (Logic et Logic Express) dans le même esprit.

D’autre part, on voit de plus en plus des musiciens semi-professionnels ou professionnels proposer des outils censés faciliter l’accessibilité des techniques de création musicale. Il y a par exemple ce mec, qui vous vend non pas un logiciel mais juste un set pré-préréglé pour utiliser le logiciel Ableton en solution pour Dj sans avoir à effectuer les réglages soi-même. Ou alors celui-là, que vous connaissez peut-être par ses contributions aux compilations Braindance de Rephlex, qui vous invite chez lui pour bouffer des cookies et se faire expliquer le manuel gratuit qui détaille le fonctionnement d'Ableton, moyennant espèces sonnantes et trébuchantes. Encore un peu plus fort: des sons pré-produits par ce qui ressemble à une petite entreprise spécialisée dans le genre. Même topo ici. Il faut vraiment croire que le nombre de personne voulant faire de la techno en cinq minutes est important.

Autre constat: le nombre de concours de remix pour amateur commence à être étonnant. Le site Beatport (sur lequel j'ai acheté le morceau que vous trouverez en bas) propose régulièrement ce genre de compétition aboutissant en général à la publication du morceau gagnant sur le site. En ce moment il propose de remixer un des tubes 2006 du label Get Physical: Les Djinns, de Djuma Soundsystem, qui était, comment dire, mince, euh... pas très très bon. Les frenchies de BlackStrobe font pareil: .

Tout cela laisse quand même un peu perplexe. Le fait qu’en matière de musique électronique on parle bien de producteurs et non de compositeurs indique ce qui constitue à mon avis l’essentiel de cette activité, le travail sur le son. Les qualités purement musicales d’écriture n’interviennent que dans ce cadre; une brilliante composition ne vaudra pas grand chose si elle n’est jouée qu’avec des sons trop convenus. Or, ce que ces outils semi-amateurs offrent n’apporte aucune aide quand à la compréhension du fonctionnement du son. Une sorte de culture de l’assemblage se dessine par ces pratiques: on glisse-dépose un preset d’instrument virtuel sur une piste, on joue quelques notes, on répète cette opération sur plusieurs pistes et on applique quelques plug-ins de mastering, si possibles très chers, en utilisant encore une fois des réglages préenrigistrés, et zou, le tour est joué. Le pire étant le placage systématique d’effets mal dosés, reverb sans fin, saturation systématique, etc. On pourrait penser que ces simplifications d’utilisation répondent à une nécessité d’attirer des débutants. Je pense que cette idée n’est pas complètement valable, puisque les logiciels ne prennent pas franchement en compte des options pédagogiques, qui permettrait de sortir d’une utilisation strictement productiviste du programme (je pense en particulier aux tutoriels trop succincts d’Ableton). l'idée mise en avant est vraiment la sensation d'une immédiateté dans le processus de création, de la pensée au morceau, il n'y aurait que quelques clics. La tendance technologique en matière de musique assistée par ordinateur est l’intégration: le tout en un, de la composition au mixage final dans un seul et même logiciel. Si l’intéret économique est évident, force est de constater quand dans le domaine de la musique électronique, cette démarche est à peine applicable. Cette musique est pleinement dépendante de la technologie qui la produit, et se subdivise parfois en genre définis par leur relation à un outil précis de création ( on peut penser par exemple au son “acid techno”, tributaire du synthétiseur Roland Tb 303). Dès lors, on pourrait suggérer que le plaisir pris à l’écoute d’un morceau d’electro est souvent réductible à la perception d’une utilisation spécifique de technique de production; on entend souvent chez les amateurs pointus des éloges sur la façon dont la ligne de basse sonne, sur le découpage d’un sample, sur le traitement d’une voix, d’un synthé, etc. Cela ne revient pas à dire qu’il n’y a de plaisir pris que par l’analyse de la musique par un discours de spécialiste, mais plutôt que, même inconsciemment, c’est toujours une qualité infime, très spécifique, qui permet l’adhésion au morceau d’electro. L’electro est un domaine ou l’on valorise la différence minime. On aime qu’un morceau de musique électro dansante satisfasse son contrat d’écoute (en gros: donner envie de se remuer) en y introduisant sa toute petite subversion. Cette plus petite différence possible est le produit d’un travail très spécialisé, qui ne peut s’obtenir que par la maîtrise d’un outil technologique. A mon avis, le jour où l’on écoutera un album entièrement produit dans Reason, ou intégralement produit dans Ableton, n’est pas encore là. Reason interdisant l’ajout de plug-ins extérieurs, et l’enregistrement de sons en direct, se condamne à rendre le programme dépendant d’autres solutions pour obtenir un produit fini: il peut fonctionner en “esclave” pour Ableton, Logic, ProTools, ou autre, dans le cas contraire, le morceau produit devra sans doute de toute façon passer par un autre logiciel pour être mixé; étape souvent négligée par les solutions “tout-en-un”, même si elles offrent des suite de d’outils de mixage et de mastering (à mon avis défaillantes).
Se pose alors la question du coût réel du matériel nécessaire pour produire de la musique électronique de bonne qualité. La partie logicielle peut être obtenue en partie via de copies piratée, mais n’épargne pas l’achat d’un système d’écoute, et d’une carte son permettant le contrôle précis des niveaux. Il s’agirait là vraiment d’une installation minimale; la lecture des dispositifs techniques de tous les producteurs que j’estime me glace parfois le sang: il faut en gros décider de consacrer l’intégralité de ses revenus pour s’acheter des synthétiseurs analogiques, des amplis à tube vintage, des enceintes hors de prix, et autres micros, pré-amplis, plug-ins, tables de mixages… On ne s’étonnera pas de découvrir que certains des meilleurs producteurs exercent le métier d’ingénieur-son en studio pour gagner leur vie (je pense à James Murphy, dont, soit dit en passant, le Sound Of Silver fait d'ores et déjà partie de mes chouchoux pour 2007, et Booka Shade en particulier).

Petite digression:
La musique électronique semble souvent s'appuyer sur une certaine idée de l'amateurisme, du Do-It-Yourself; elle est la culture du home-studio, de l'autodidacte par excellence. Cela étant, un certain degré de professionnalisation semble caractériser les producteurs les plus pointus. Cet article écrit par Richie Hawtin illustre bien l'idée suggérée par Pierre dans un post précédent sur ce blog; la constitution du Dj/producteur en chef de PME; pour viabiliser sa production, terme dont on sent ici un autre sens à développer, il doit produire des concepts, des idées, et organiser le tout de manière exploitable, compréhensible. On pourrait penser que la relation entre producteurs amateurs et professionnels dans le monde de la musique électronique calque celle du monde du spectacle, où la créativité est en partie prise en charge par des bénévoles, ou intermittents dont le coût est pris en charge par la collectivité, et dont les bénéfices sont reversés à ceux qui se constituent en structure économiquement viable. La relation est supposée être à profit mutuel (échange argent/ légitimité), mais on peut se demander si les bénéfices sont comparables. Par exemple, parmi tous les groupes émergents qui contribuent à assoir le prestige du label Kitsuné, combien retirent suffisamment de crédit pour subsister par eux-mêmes? Savent-ils que leur musique est un produit comparable à un textile (la preuve en fin d'article ici)? De fait, la star du label c'est le patron.

Enfin bon, tout ça pour vous dire en fait que produire, mixer et masteriser un morceau de qualité, ça me semble être juste impossible, j'en fais des cauchemars la nuit. La grande démocratisation de la création musicale, c'est pas pour tout de suite, même si on sent des efforts dans ce sens. Les grands producteurs peuvent encore dormir tranquille.

Prenons en particulier l'exemple de Morgan Geist, dans cette interview, il explique (en bas de la page) sa prédilection pour le hardware, contre le software, rendant le mystère de la qualité du son Metro Area un peu plus épais.

La preuve avec ce morceau:

Metro Area - We Also Not

Ce n'est pas une nouveauté, loin de là, mais ce titre n'est pas sur l'album ni sur aucun des maxi de la série "metro area" parus sur Environ, certains ne l'ont donc peut-être pas dans leur collection. Il est sorti en 2002 sur Tigersushi, en face B du disque More GDM vol.3. Pour les amateurs de disco, ce titre sera une vraie bénédiction: l'alliance clap/kick/clochettes constitue une partie rythmique simple mais efficace, déjà orientée vers des textures mélodiques, et les claviers apportent progressivement des accords puis des arpèges (qui renvoient à l'univers de l'italo-disco, cher à morgan geist) qui développent des motifs très courts, empêchant toute mièvrerie dans cette ambiance en effet peu agressive. De quoi étoffer votre répertoire disco/total zob.