jeudi, décembre 21, 2006

mardi, décembre 19, 2006

Authentique

Lu sur l'atroce blog du magazine Trax:


"Il n'est pas question de réanimer les cendres du conflit primaire "rock" versus "techno" (dont je suis le premier à dire qu'il n'existe plus tous les mois dans Trax, à l'instar du vieux conflit droite/gauche en politique) mais juste de cartographier ce qui fait des "musiques électroniques", un particularisme unique de l'écosystème culturel dans lequel nous vivons"

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lundi, décembre 11, 2006

Des Clicks et Des Cuts

Bonjour à tous, ou bonsoir, c'est selon.

Je me sens d’humeur pédagogue aujourd’hui, tant pis si vous savez déjà tout de ce dont je vais essayer de parler, ravalez votre amour propre, asseyez-vous une minute et prenez des notes; on discutera plus tard.
Un concert auquel j’ai récemment assisté au musée d’art contemporain de Lyon m’a frappé par le type d’écoute qu’il semblait préconiser pour de la musique qualifiée, sur le site du musée, de “abstrakt booty house” (ouais. et encore je vous épargne un jeu typographique). Le producteur était assis dans un fauteuil et le public dans des sièges similaires à ceux d’un cinéma, disposés en gradins. Le nombre de places était relativement restreint, et l’ambiance relativement calme, voire silencieuse. Personne ne parlait à voix haute à son voisin. L’artiste a joué ses productions personnelles, ordonnées selon un principe de gradation dans l’intensité rythmique, durant une heure, jusqu’à atteindre une phase finale pendant laquelle le son proposé était en tout point semblable à ce qu’un dj aurait joué en boîte de nuit. De plus, la configuration de qui était annoncé comme un live avait de quoi surprendre: le musicien invité avait placé à sa droite un lecteur cd hi-tech avec surface tactile pour faciliter la recherche d’un point précis du morceau et permettre d’éventuels scratches, et devant lui, une table de mixage multicanal connectant cette platine au séquenceur hardware posé à sa gauche, et de laquelle sortait le fil d’un casque de dj, qu’il arborait autour de son cou. Une telle configuration n’aurait pas dépareillé dans la cabine d’un nightclub. Ainsi l’essentiel du travail du performeur consistait à ménager des enchaînements entre les morceaux pré-enregistrés sur le cd apporté et les motifs programmées dans son séquenceur, auxquels il n’apportait que des variations mineures en pressant de temps à autre certains boutons. Tout dans sa gestuelle contribuait à évoquer le travail d’un deejay: l’écoute intermittente au casque en n’utilisant une seule oreille, le hochement de tête marquant la pulsation pour s’aider à caler la séquence suivante, et le toucher en finesse des différents potentiomètres de la table de mixage pour régler la superposition des couches sonores de manière équilibrée. Mais cet après-midi là, la seule chose de bien calée fut en réalité son enveloppe corporelle, entre les deux accoudoirs de son fauteuil. Le public ne s’y trompa pas en boudant progressivement, mais massivement, la prestation du jeune producteur.
Une des raisons serait donc à première vue le décalage entre deux modes de consommation de la musique électronique, l'un mobile, le dj mix en club, l'autre statique, le live dans une salle de concert. Par musique électronique, j’entends en fait ce qu’on désigne parfois en anglais “electronic dance music”, par opposition au simple “electronic music”, qui renvoie à toute forme de musique obtenue au moyen de synthèse sonore, par la médiation d’une machine. Ce qui m’intéresse, c’est bien la musique électronique en tant qu’elle est un assemblage, entre autres, d’éléments rythmiques, de travail sur la texture des sons et sur leur timbre, dans le but de satisfaire principalement une écoute sociale de club. Cette spécification renvoie donc aux genres apparus au début des années quatre-vingt, techno, house et electro, pour schématiser. Cette “electronic dance music” comporte deux phases essentielles: la production du son et sa reproduction. La première étape se fait dans le studio du producteur, la seconde en public. Contrairement aux autres musique pop, elle n’est pas immédiatement reproductible par des performeurs, au moyen d’une partition, par exemple. Le public de cette musique électronique n’attend pas d’un artiste venant jouer dans un lieu qu’il produise en direct le son. On sait que cette musique fondée sur un travail de superposition de pistes comme autant de couches de son est presque impossible à recréer en live. Le relais du producteur est donc le disc-jockey, ce qui infléchit l’idée de performance d’ordinaire avancée pour comprendre un concert de musique populaire. Le dj n’est d’ailleur pas nécessairement producteur, et inversement. Les compétences requises varient radicalement: la dextérité virtuose d’un Jeff Mills à la table de mixage est depuis longtemps, à mon sens, la seule qualité que l’on puisse accorder à cet artiste dont l’oreille et le talent de producteur laissent certains sur leur faim (dont moi d'ailleurs). Les critères d'évaluation du producteur et du dj ne se recouvrent donc pas totalement: s'ils sont tous les deux sujets à un étiquettage générique, ils ont des préocuppations aujourd'hui très différentes. En fait, le décalage peut parfois sembler tel que je me demande si les deux activités n’ont pas fini par s’autonomiser.
Dans les messages précédents, j’ai pu un peu expliquer les motifs qui frustrent parfois le plaisir que je peux prendre en allant écouter de la musique électronique: le contexte sociologique très hiérarchisé infléchit mon appréciation du spectacle, le besoin qu’ont les clubs d’une musique impressive et percutante m’abrutit les sens au fil de la soirée, et tout simplement parfois la pauvreté musicale d’artistes érigés en phénomènes au bout de deux remixes punchy et trois maxis mal remplis me gâche la nuit. Toutes les formes de musique électronique dansante ne se prêtent pas de la même façon à l’écoute publique. En effet, et ce n’est qu’une seule façon de comprendre ce problème, les développements récents d’outils technologiques (la norme MIDI en particulier) et de logiciels nouveaux (tels Ableton Live et Traktor), et donc de sous-genres conséquents (clicks’n’cuts, laptop performances, etc), placent les djs face à un dilemme: faut-il tenter de rompre la séparation traditionnelle dj/producteur, quitte à renoncer au prestiges spécifiques de l’activité de dj, ou prendre le risque de désorienter un public aux attentes très précises, en particulier dans les boites de nuit. Bon, dit comme ça, ça ne ressemble pas vraiment à un dilemme, mais c’est parce que j’ai des idées assez arrêtées sur la question: mieux vaut la deuxième option. Mais envisageons malgré tout le point de vue des tenants de la division habituelle:
Un artiste tel que le lyonnais Agoria (c'est le mec qui essaye de sniffer de la mauvaise musique en dessous) possède les deux caquettes: producteur et dj. Pourtant, il ne les mélange pas: son activité de producteur implique un dispositif technologique simple, en gros synthé et ordi, mais absolument pas spectaculaire. Si l’on se fie au texte rédigé dans le livret de son très bon cd mixé, il souscrit pleinement à l’idée selon laquelle c’est la faculté à construire un agencement de sons par l’assemblage de morceaux pressés sur du vinyl qui fonde la consommation publique de musique électronique dansante. Cette faculté implique la maîtrise de paramètres précis: le choix des disques parmi un panel sélectionné à l’avance dans la collection personnelle du dj, selon des critères qui lui sont propres, mélange d’inédits, de classiques, et de perles exhumées, la gestion de la pression à court terme impliquée par la finitude du morceau perçue à travers la progression du diamant de la platine sur les sillons du vinyl, pression renouvelée à chaque transition, ainsi que la capacité à créer dans ces conditions un rythme propre, une progression, voire, selon la terminologie aujourd’hui classique de Laurent Garnier, une “histoire”. Par conséquent, les formes plus récentes de deejaying s’appuyant sur l’utilisation d’un ordinateur portable, le phénomène des “laptop dj”, lui semble être une hérésie, qu’il dénonce avec des accents pathétiques ( “l’art du deejaying est en train de mourir…”), et, surtout, un poil réactionnaire. Le "bon dj" doit rendre sa dépense d’énergie visible, car c’est cela que le public réclame. Une forme d’échange s’instaure symboliquement et garantit l’effet de “communion”, terme très fréquent dans la bouche des clubbers pour décrire un bon souvenir de nuit en boîte. La photo sélectionnée par le magazine Trax en édito du numéro 100, censée résumée l’essence du clubbing, est à ce titre éloquente: on y voit Ricardo Villalobos tendre les bras et serrer des mains dans le public en se penchant par dessus les platines. Un nerd collé à sa souris, ça ne fait pas danser. Ce n'est pas complètement faux, dois-je admettre.

agoria.jpg

Ce raisonnement possède sa cohérence mais n’offre pas de place aux musiques de club les plus barrées, dont le travail sur le son répond moins à la primauté du beat comme source de régularité centrale, c’est à dire le pied (/kick/bass drum, appelez-le comme vous le souhaitez), et de variations infimes/infinies(les multiples sons qui gravitent autour de cette pulsation et se renouvellent à chaque disque), qu’à l’exploration des richesses de la synthèse et de la texture du son. Cette deuxième catégorie de musique électronique de club, qui n’est pas incompatible avec le deejaying traditionnel, est néanmoins plus apte à être retranscrite via une performance live, qui implique un ordinateur, pour en direct effectuer le jeu de transformation de la matière sonore. Si de nombreux djs ont adopté le laptop pour complexifier le travail sur le rythme, tels Richie Hawtin qui re-combine une multitudes de boucles tirées de sa bibliothèque musicale, jusqu'à dissoudre totalement l'idée de morceau, peu d'artistes s’aventurent dans le domaine du travail auto-référentiel de texturage du son (via des combinaisons de plug-ins, des coupes, du re-sampling, etc…), dans un cadre de clubbing. La peur d'être planté par son ordi n'est pas une explication suffisante, plus aujourd'hui. Citons néanmoins le beau travail live d'un Henrik Schwarz, d'un James Taylor (de Swayzak), ou encore d'un Matthew Dear. Ce travail me semble aujourd’hui encore être l’apanage des producteurs, et reste souvent étiquetté "live pour salle de concert", quand bien même leur intention reste d’amener les gens sur la piste dansante comme le ferait un dj.
L’idée sous-jacente à ce raisonnement, idée à laquelle intuitivement j’ai envie d’adhérer, est que le producteur se doit de conserver une longueur d’avance sur le deejays pour maintenir sa légitimité, et que le live laptop, quoique naissant et encore mal réglé en tant que pur show, permet au producteur de concilier portabilité et créativité. Le bon producteur ne se contente pas de respecter les règles de sa catégories, il doit créer des morceaux comme autant de défis aux pistes de danse. Défi à la répétitivité, à l’attente d’harmonie, à l’espoir de “uplifting”, terme qui renvoie à la sensation d’euphorie que certains morceaux sont supposés procurer, quitte à avoir recours aux procédés les plus faciles. C'est grosso merdo ce que James Holden exprime sur son site perso, vivement recommandé, soit dit en passant, qu'il se doit se rester innovant, vu la rapidité de propagation de chaque nouvelle technique de production, et donc des habitudes d'écoute. Cela implique tout une autre série de problèmes, en particulier sur la possibilité de rendre perceptible le travail de modulation du son sur l'équipement d'une boîte de nuit, d'ordinaire réglé pour mettre en relief les motifs rythmiques et les basses. Faites l'expérience avec le mp3 posté un peu plus bas: la différence entre une écoute sur vos enceintes et une écoute au casque est déjà criante. Cela permet de mieux comprendre la relative lenteur de l'évolution des musiques de club. Les musiciens sont malgré tout contraints à cantonner leur travail à des domaines facilement audibles: mélodie, rythme. Il y a pourtant tant à faire... Cela dit, ça bouge quand même: ce site propose une chose à mon sens inédite: des morceaux déjà arrangés pour être intégrés à un logiciel de mix sur ordinateur portable, preuve que le milieu enregistre malgré tout le changement du marché (le fait que le mix laptop rende la chose incroyablement plus facile et donc permette à beaucoup plus de personnes de revendiquer le titre de dj, et donc tout le lustre impliqué, n'y est sans doute pas étranger...).
Pour mieux illustrer cette conception un peu héroïque du musicien, voilà un morceau extrait du mini-album de James Holden, The Idiots Are Winning, tout un programme, que vous pouvez même acheter à la fnac pour 13,50, et dans des magasins de disque aussi, je pense.
Il y ménage certains des lieux communs qui génèrent l'uplifting pour mieux prouver l’efficacité de son travail sur la texture du son:

James Holden - Idiot

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James Holden semble vraiment parti dans une direction assez folle (le mec à gauche sur la photo, c'est lui. cqfd), sa musique devient de plus en plus unique. Son premier hit avait déjà apporté un coup de frais, et recueilli des éloges unanimes, fait assez rare dans le milieu très segmenté de l'electro. Dans le numéro 99 de Trax, Agoria le présente comme son producteur actuel préféré, pour une raison très simple: il aurait révolutionné l'utilisation des plug-ins en electro. Il est vrai que dans les morceaux de James Holden ce qui est donné à écouter c'est le processus de traitement du son comme mouvement dynamique. Son refus d'étoffer la partie rythmique est dans ce morceau flagrant: un pied combiné avec des claps, c'est tout ce dont il a besoin pour bâtir sept minutes trente de musique dansante. A côté de ça, deux motifs joués au synthé vont être réitérés sans relâche en passant par toutes sortes de filtres jusqu'à atteindre le climax très psychédélique du morceau. Holden en modifie la fréquence d'échantillonage, faisant apparaître de nouvelles harmoniques progressivement, en modifie la résolution en bit, traite ces synthés comme des samples qu'il coupe, inverse, dédouble, décale, dont il altère le pitch, le timbre, l'enveloppe, jusqu'à donner une impression de démultiplication anarchique, avant de laisser le morceau retomber tranquillement.

Et l'album contient au moins quatre autres pistes au moins aussi bêtement jouissives. Un joli cadeau de Noël à écouter en famille.

Allez salut

jojo


mercredi, décembre 06, 2006

Plâtrage De La Continuité

Salut,

Post paresseux:



Je vous reproduit ici le mail que m'a envoyé mon ami Pierre, en réaction à l'article précédent:

"Il y a un truc que j’ai pensé en te lisant: je suis pas convaincu par la dialectique de la récupération commerciale que tu mets en place. J’ai l’impression que parler de récupération commerciale et utiliser ce genre d’arguments, c’est ne pas prendre en compte une idée qui demanderait à être vérifiée, mais qui me semble tenir intuitivement :

Pour moi la musique électro, telle qu’on la connaît aujourd’hui en europe, fait intégralement partie de la culture bourgeoise. Je ne saurais pas définir a priori ce que j’entends pas culture bourgeoise, mais dans son extension en france aujourd’hui on retrouve plein de choses qui sont hyper importantes dans la façon dont la culture électro est fabriquée et promue:

Les musiciens et les DJ sont représentés comme des cadres, spécialistes dans leur domaine, connaisseurs de tendances. Il y a aussi la mise en valeur de l’anonymat et de la bonne exécution, plutôt que de la virtuosité et de l’exception, et la valorisation du local, de l’échelle métropolitaine, ou régionale (french touch, Cologne etc…). Les labels sont comme des P.M.E., les patrons de label comme des entrepreneurs éclairés, ou des patrons de grands restaurants, ou de boîtes de nuit. Des mouvements comme l’electroclash modifient à peine la donne, son attachement à des valeurs punk étant tout à fait formel, combien de jeunes fils de famille maquillés en rockeurs sur leurs affiches pour un seul DJ Hell...

C’est propre et technologique, comme un monospace Peugeot à la sortie du showroom. Ce serait intéressant de comparer plus scientifiquement le statut de l’electro avec celui de la musique classique et la musique baroque dans la culture d’aujourd’hui. Mais prends le nombre de pubs avec de la musique classique ou baroque; en fait toutes les pubs qui ne ciblent pas un très grand public à coup de jingles et de musique teletubbies a de très fortes chances d’être accompagnée soit de classique soit d’électro en fonctions des connotations particulières de ce qui est vendu. De la même façon les pôles “culture officielle” de la musique classique et de l’électro se retrouvent sur ARTE dans une émission spécialisée et ils ont leur presse magazine de niche. Il y a aussi un culte des maisons de disque dans la musique classique et baroque qui est la plus proche de la culture officielle (exemple de Harmonia Mundi).

Peut être que tu as déjà vu ce lien : German DJ livingrooms…
http://djworld.commongate.com/post/German_DJs_and_their_living_rooms

c’est dommage le site ci-dessus n’a plus toutes les infos, juste des
photos, le lien original est cassé c’était sur ce site :
http://ilx.p3r.net/

J’ai l’impression qu’en Europe l’innovation formelle et technique que représente la culture de la musique électronique n’a jamais été le levier d’un changement significatif dans les conditions économiques et sociale de la production culturelle. Ce changement à donné les moyens à la génération montante de possesseurs du capital de prendre des places stratégiques dans la production et la distribution des biens culturels, mais le capital n’a jamais changé de mains. En plus il n’y a pas dans la culture électro européenne, comme aux Etats-Unis dans la communauté noire, un lien historique entre la production culturelle et l’activisme social et politique.

Pour ça que je pense qu’il y a deux histoires et elles ont très peu à voir: d’un côté l’histoire des musiques des classes des ghettos américains, certains mouvements du free jazz, du hip hop, de la techno etc… et de l’autre l’histoire de la musique enregistrée comme divertissement de masse bourgeois en europe, qui contient comme chapitre l’électro telle qu’on la connaît.

Je suis toujours très suspicieux devant les discours sur l’histoire de la techno qui tracent une belle chronologie rectiligne Kraftwerk, UR, KLF, Laurent Garnier, Kompakt. Ils s’efforcent de plâtrer une continuité formelle là où il y à (en tout cas c’est mon intuition) une énorme rupture sociale et culturelle entre ce qu’il c’est passé aux états-unis et en l’europe pour l’électro. Je soupçonne toujours que c’est de la consommation culturelle de faire ça et de la manipulation idéologique."

Ma réponse:

je suis parfaitement d’accord avec ta critique de l’idée de récupération commerciale, j’avais moi-même des scrupules à l’écrire; cela étant il me semble l’avoir cantonnée à la partie couillonne du message. le comparatif entre électro et pme me satisfait pleinement, et c’est à cela que je pensais en parlant de kitsuné comme d’un label qui vend des pulls en cachemire et de la musique de club. en effet, la production musicale y est intégrée pleinement dans le processus de différenciation du produit visant l’installation durable dans une niche économique. peut-être qu’un peu trop d’ironie a pu dissoudre ce que je voulais dire; je ne pense pas une séparation entre une musique intégre et une musique mercantile; ça n’a évidemment aucun sens pour le milieu décrit ici. peut-être qu’un message sur les stratégies employée par les djs pour constituer un morceau en tube au sein de la scène électronique (diffusion de white labels, cdr envoyés directement aux amis djs branchés, invention de qualificatifs génériques, etc…) pourrait éclairer différemment cette idée, je ne sais pas, je vais y réfléchir.
J'apprécie beaucoup aussi ta mise au point historique: à creuser et spécifier. L'interview de Mad Mike avait ceci de passionnant qu'elle décrassait cette idée que Detroit est avant tout une étape dans l'histoire du mouvement techno: il y dit en gros: nous sommes encore là, encore vivants, et toujours dans une situation délicate. C'est bon de l'entendre, d'autant que la presse et la critique musicale spécialisée naissante a tendance à énormément historiciser un mouvement encore très jeune au fond.
céla étant, il y a deux choses que je souhaiterais maintenir: les catégorisations subies par les amateurs; il est parfois dur de prévoir que le disque qu’on écoute va devenir l’emblême d’une marque (d’où mon insistance sur l’incongruité de certains choix promotionnels). S’il ne s’agit pas à proprement parler de récupération, il y a re-catégorisation, et on sort de la logique de niche évoquée précedemment. Le problème pour l’amateur d’electro, dont l’existence dans ce milieu est largement tributaire de ses goûts, qu’il veuille ou non les afficher, est qu’il est remis en cause dans son illusion de spécificité. La façon dont on se constitue un panel de goûts prépare toutes sortes de réprésentations de soi: on aime sans doute inconsciemment des choses "pointues" parce que l'on tire une fierté de la recherche effectuée pour le découvrir. Mais ce qui est valable pour l'amateur l'est aussi pour le publicitaire qui cherche à investir cette implicite valeur dans le produit. Le problème étant qu'il ruine ce qui procure, même faiblement, du plaisir "nerd" à l'amateur.
L’autre chose que je souhaite maintenir, c’est l'intention du dernier paragraphe; si je parle de récupération c’est bidon en fait, puisque je ne désigne que des artistes choisissant trop explicitement de se positionner contre le système de niche. On rejette l'étiquette "musique pointue", ou on revendique un faux amateurisme de bon aloi, on se range de force dans avec les musiques "pas prise de tête": c’est ça leur niche en fait: “on fait de la musique pas spécifique” serait leur label dans le bac d'un magasin de disque conceptuel. regarde cette vidéo. Ce gars incarne tout ce que j’exècre: il feint de rejeter les “musiques compliquées”, comme si des gens se revendiquaient ainsi sur les labels qu’il vise (genre ninja tune), et tente de nous flouer en se disant "populaire" (ben voyons: c’est pour ça qu’il squatte le paris paris et qu’il lance son single par une soirée chez Colette. Il est trop ghetto ce mec). En bref: il y a mistoufle.

La musique de club européenne: confort bourgeois?


ça se saurait!

jeudi, novembre 30, 2006

La Stratégie de la Balle Dans le Pied

Coucou: nouveauté sur Total Zob, un juke box qui accompagnera la lecture de messages toujours plus longs. Il ne vous reste plus qu'à vous caler au fond de votre siège, vous servir un verre, brancher votre ohmybod sur la sortie audio de votre ordi, faites-le discrètement si vous êtes dans un lieu public, et maintenant vous pouvez profiter de la totale expérience.


Depuis l'année dernière, une revue dvd entièrement consacrée à l'actualité de la musique électronique offre des portraits d'artistes d'ordinaire ignorés par la presse spécialisée.
Slices, c'est le nom de ce rafraîchissant projet, ne raisonne pas en termes de mouvement, de tendance, ou même de genre, mais s'en tient à des parcours individuels, décrits dans leur contexte propre, en fonction de l'actualité des disques; c'est à mon sens une des raisons pour lesquelles le contenu surpasse sans mal celui de ses homologues papier et télévisé (Trax et Tracks, donc). Le dvd propose quelques clips, sans grand intêret, des mini-interviews, peu consistantes, mais surtout des reportages de 12 minutes chacun, dans lesquels les artistes ont vraiment le temps de détailler leur évolution, le choix de leur label et leurs méthodes de travail. La sélection du numéro de septembre (le prochain sort dans deux semaines) est irréprochable: Henrik Schwarz, Loco Dice, Carl Finlow, Emperor Machine, Thomas Melchior, Soulphiction, et Remute (j'en passe deux autres qui m'ont paru moins intéressants). Chaque portrait mêle entretiens face caméra et intermèdes graphiques, plus ou moins heureux, la palme revenant pour moi aux exploits culinaires de Henrik Schwarz, pendant lesquels on peut écouter la musique évoquée.
Mais la cérise sur le gâteau est sans conteste la présence d'une interview de Mad Mike, la légende de Detroit, qui revient sur les débuts d'Underground resistance, la place de ce label dans la scène électronique, et sur le rôle qui d'après lui incombe à sa structure dans le tissu social de sa ville. Imaginez aujourd'hui un label à la mode, à Paris par exemple, un de ces labels qui vendent des pulls en cachemire et de la musique de club, reverser les bénéfices obtenus par leur deejays à des adolescents de leur quartier pour financer leurs études. On mesure l'étrangeté de l'évolution sociale de la culture club. Il faut admettre qu'à partir d'un certain moment les valeurs véhiculées par ces musiciens, noirs issus des quartiers les plus difficiles d'une ville en état de sinistre social, sont devenues l'apanage d'une frange de la population à l'opposé des origines américaines du mouvement. Mad Mike le souligne quand il fait remarquer, premièrement, que, dans les années 80, quand les pionniers du mouvement techno en ont jeté les bases, ils ont opéré un grand écart culturel entre l'avant-garde européenne, Kraftwerk, et la culture soul afro-américaine, et, deuxièmement, que le renvoi d'ascenseur, de l'Europe jusqu'à Detroit et Chicago, n'a jamais vraiment eu lieu. On m'objectera que le mythe de Motorcity reste un modèle très fréquemment cité par les artistes électro; mais précisément, et je vous remercie de faire cette confusion, ça simplifie ma démonstration, il s'agit d'une image perpétuée, une attitude, et non pas la vraie aide espérée par Mad Mike. Au fond, le projet initial d'Underground Resistance n'a pas été compris: ancien musicien studio de la Motown, Mad Mike entendait rompre radicalement avec le système des maisons de disque qui, pour des motifs promotionnels, confondaient volontairement production musicale et création de figures publiques, les artistes. D'où le parti-pris d'anonymat, que Mad Mike maintient encore aujourd'hui. Il voulait déconnecter la musique de son image sociale. De manière attendue, ce principe est devenu une image très forte à son tour, et a dès lors préparé l'échec de l'entreprise politique d'U R. Le site officiel est à ce titre flagrant: le militantisme affiché de la structure est avant tout aujourd'hui un réservoir graphique de motifs publicitaires et de slogans un peu creux. Il est donc très agréable de pouvoir réentendre Mad Mike s'exprimer directement, et réaffirmer la vigueur de son engagement pour un culture du funk, du collectif, et du mépris de l'establishment.
Cela étant, on ne peut s'empêcher de noter la douce ironie du dispositif: Slices, support de ce discours très frais de Mad Mike, n'est autre qu'une excroissance promotionnelle de T-Mobile, l'opérateur de téléphonie mobile international. La charte graphique adoptée va jusqu'à reprendre le code couleur du logo de la firme. Il semble que la musique électronique soit désormais dans une fâcheuse posture: sociologiquement dévoyée, elle n'est plus que le support de connotations bébêtes: étant produite par des machines, elle incarne le nouvel ordre technologique mondial, étant une musique destinée aux clubs, elle s'adresse à la jeunesse, et étant volontiers conceptuelle, elle s'inscrit dans un culture du "design", qui vise à l'intégration de nos goûts et de nos besoins dans un "lifestyle", un mode de vie, où tout s'harmonise dans l'unité d'une marque. Ces traits sont aisément, à mon sens, vérifiables par un bref relevé des publicités qui font appel à la musique électronique: Orange se paye un morceau de Lcd Soundsystem et un autre d'Aphex Twin, un comble quand on connaît la roublardise du personnage, qui aurait pu être le héros de la stratégie de la balle dans le pied s'il n'avait pas su mettre en oeuvre une telle inventivité (qu'il ne semble plus pouvoir exercer musicalement d'ailleurs) dans la gestion de son brand-name le plus notoire, Sony se paye Stereo Total, ou encore Air, Peugeot fait claquer les synthés de Justice pour vendre on sait quelle voiture, Bouygues illustre sa passion pour tout ce qui se désintègre avec un morceau intrumental de DJ Shadow, Motorola affiche du Add (N) To X, Jean-Louis David coiffe au son de Playgroup remixé par Zongamin, Tiscali choisit Royksopp, France Telecom opte pour RJD2 (de même qu'Adidas, Levis, et la prévention contre l'alcoolisme; no comment), Coca pétille au rythme de Readymade FC, Apple a déjà sorti le chéquier pour que Daft Punk et Rinoçérose fassent danser les silhouettes noires porteuses d'Ipod, BMW roule pour Boards Of Canada, Alldays utilise Bob Sinclar pour incarner ses grosses tâche fluos, et pour achever ce tour non-exhaustif (loin de là, mais les exemples plus anciens relèvent des mêmes catégories. J'ai exclu tout ce qui a trait à David Guetta, qui pousse le plaisir jusqu'à jouer dans les pubs utilisant "sa" musique), Nintendo emploie du Fannypack. Bigre. Je ne saurais pas vous dire qui est ce client idéal que ce relevé semble dessiner, mais je peux vous dire qu'il a du pognon.
L'aspect le plus problématique à mes yeux de cette instrumentalisation est la difficulté à savoir qui gagne quoi dans cette transaction. La marque espère s'adjoindre le prestige lié aux connotations listées un peu plus haut, l'artiste acquiert une notoriété et un revenu sans doute inespéré dans un milieu où vendre 2000 disques suffit à être considéré comme "phénomène" (Mad Mike, dans le même entretien, s'amuse à imaginer la tronche que feraient les membres de U2 si on leur disait qu'ils ont vendu 2000 exemplaires de leur dernier disque). soit. il ne reste alors à mon avis qu'un seul vrai perdant: l'amateur de musique électronique qui passe son temps à se retrouver catégorisé de force. Se dire que même un type aussi zinzin qu'Aphex Twin et un groupe aussi dématérialisé que Boards Of Canada peuvent être les emblêmes éphémères de produits hi-tech me laisse songeur. Cela implique nécessairement qu'un conseiller marketing quelconque a réalisé une étude de marché tendant à prouver que ces musiques correspondent à l'esprit de la marque; et le pire, c'est qu'il a forcément raison. Il nous incombe donc de faire désormais preuve d'une extrême prudence si l'on ne veut pas subir ces incessantes catégorisations: c'est bien d'une hygiène des goûts musicaux que je parle. A nous de faire en sorte de ne pas mériter ce qui nous arrive (à moins qu'on ne le souhaite, ce qui au fond ne doit pas être impossible: l'idée selon laquelle certaines personnes se réjouissent à l'idée de pouvoir dire en public: "je connais cette musique c'est machin chose du label truc", pendant une page de pub par exemple, n'est pas si incongrue, il pourrait même pousser le vice jusqu'à compléter son lifestyle en fonction de ces convergences), en s'efforçant de plébisciter l'irrécupérable, du vraiment nul à l'incompréhensible.
L'alternative, au niveau des artistes, c'est la stratégie de la balle dans le pied: elle désigne toutes les conduites mises en oeuvre pour réduire à néant tout ce qu'un producteur peut posséder de capital symbolique. Je pense au courage d'un groupe comme Tiefschwarz, qui après un remix éblouissant, qui parvient à mettre toutes les pistes de danse d'accord, et une compilation sympathique perpétuant ce plaisir, pond un ignoble album et massacre ce qui aurait dû être leur contrat en or, un remix pour Depeche Mode. Admirable. Saluons également l'audace d'un Tekilatex, qui non content d'être un artiste très en vue sur un label à la légitimité démontrée dans le monde de l'electro s'en va pourrir son image dans une écurie cultivant la médiocrité putassière depuis ses débuts glorieux (Mike Olfield quand même les enfants), et offre à la face du monde ce qui est peut-être le plus mauvais morceau de l'histoire. Merci bonhomme. Il faut parfois savoir se sacrifier pour l'équipe. Daft Punk en sait quelque chose: comment tenter d'endiguer la récupération mercantile après deux albums considérés comme autant de jalons dans la courte histoire de l'electro européenne? En faisant un étron-disque de génie, dont on clamera haut et fort qu'il a été entièrement conçu et produit en moins de trois semaines. Ainsi, les utilisations publicitaires seront toutes désormais teintées de cette nuance de crotte inimitable dont chaque morceau de cet album brille. Cet exemple prodigieux n'est pas resté lettre morte: les compères Boombass et Zdar s'en sont servis pour remédier à cette problématique médaille remise par Donnedieu de Vabres: 15 again est la réponse de Cassius à Human After All: trois semaines de travail miteux à Ibiza, et voilà le merveilleux objet, fleurant bon la fosse septique. Votre premier morceau est un tube si réussi que deux ans après vous n'avez fait qu'un maxi? Faites comme Justice: garnissez le disque de remixes atroces et de versions démo (étiquettées comme telles bien entendu) de morceaux inexistants, et vous aurez la douce assurance que les amateurs d'electro vous auront déjà reniés au moment où Peugeot vous aura rempli les tiroirs de billets verts. A vous de compléter cette liste de héros qui ont choisi de renoncer au prestige musical annonciateur de récupération "corporate" en se tirant tout seul une balle dans le pied. On comprend mieux désormais l'assertion visionnaire de tekilatex: Aphex Twin et Britney Spears=même combat. Bingo: ils nous vendent des merdes similaires, par des chemins différents. Allez, un morceau du prince des tireurs de balle dans le pied: Sébastien Tellier, dont le comportement mystérieux oscille entre abrutissement intégral et oracle hermétique. J'apprécie la façon dont il a forcé son label a tourner deux clips pour le même morceau, La Ritournelle, après avoir, avec la complicité de Mr. Oizo (je l'avais oublié dans ma liste de pubs celui-là), rendu un petit film bizarre (consultable sur le site).




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L'autre raison qui m'a fait choisir ce morceau, c'est la présence d'Emperor Machine, en fait la moitié des Chicken Lips, au menu de Slices. Ce remix porte vraiment la patte de ce projet, qui consiste à ressortir ses synthés analogiques pour en tirer des riffs insensés, plus proches du sound design d'un film de science-fiction que des arrangements disco habituels. Le remix garde néanmoins une structure dance music qui fait la part belle aux percussions et offre une ligne de basse monotone mais efficace. Du morceau original les Chicken Lips ont conservé les paroles, et des samples de cuivres et de cordes inattendus mais particulièrement amusants. Ils tirent profit du goût de Tellier pour les orchestrations un brin grandiloquentes, sans en assummer le sérieux. Sur ce fond déjà enthousiasmant, Andy Meecham déploie un panel d'accords de synthétiseur qui ne construisent aucune mélodie mais emmènent le morceau vers des ambiances psychédéliques. Et si vous entendez ce remix dans une pub envoyez moi un mail et je trouverai toutes les raisons qui font de ce morceau une daube infecte.

Je vous embrasse,

jojo.

jeudi, novembre 23, 2006

Le Goût des Zobs


Salut les amis:

Brancher directement de la musique dans ses organes génitaux: enfin possible. D’autres blogs ont mentionné l’existence très étrange d’Ohmibod, sans repérer certains des aspects les plus fous de cette entreprise. j’ai encore du mal à croire que cet objet est réel. Son utilisation n’est pas cantonnée à la musique électronique, mais force est de constater que leur site s’appuie largement sur une imagerie club. le vibro étant activé par la puissance de la pulsation, je n'ose pas dire la force des beats, on peut aisément comprendre les raisons de cette prédilection. Ceci dit, il faut néanmoins admettre que certaines représentations contribuent également à expliquer cette collusion. Les musiques de club sont considérées comme les outils permettant au dj de faire danser le public, et donc sont souvent associées à des clichés sensuels. On va pouvoir ici affiner l’idée, déjà évoquée, selon laquelle, sans tenir compte de la genèse historique de ces genres, la musique électronique pourrait être considérée comme un instrument de domination, vague et illusoire, des femmes par une minorité masculine. Ohmibod serait une manifestation assez unique des conséquences d’une logique de marketing globale voulant vendre la musique de club comme un produit à finalité érotique, logique dont il faudrait plus longuement étudier le fonctionnement (je me suis toujours demandé pourquoi de nombreux clips et publicités représentant des morceaux de house développaient une vision érigeant les femmes comme destinataires principaux, les danseuses, tout en faisant étalage d’une imagerie hétéro-érotique que l’on suppose destinée à une clientèle masculine; les djs sont des branleurs, soit, mais je me pose des questions: les amateurs de musique électronique utilisent-ils vraiment leur écoute pour se satisfaire manuellement? Toute écoute d’électro suppose-t-elle vraiment comme horizon l’instrumentalisation de cette culture pour copuler, fantasme dont la frustration inévitable ferait de la simple écoute musicale un substitut à la masturbation? L’électro est-elle à la branlette ce que la branlette est au sexe?)
Ohmibod c’est donc l’aboutissement de cela: l’electro comme source directe de jouissance sexuelle, sans métaphore. Ce qui en revanche me semble être le vrai coup de génie de l’entreprise, c’est le maintien de la dimension sociale de l’écoute musicale dans l’utilisation pronée par les créateurs de cet outil. En effet, les clients sont invités à proposer au monde entier leur sélection branlette sous forme de playlist, afin de constituer une base de donnée qui permettra à chacun de choisir avec plus de discernement le type de stimulation qu’il souhaite. Les catégories sont magnifiques (qui ne rêve pas d'une bonne session branlette hip hop "plug'n'thug"?). La connexion des goûts musicaux et de la fesse n'est pas nouvelle, mais s'ouvre désormais à l'horizon global. Il est marrant de constater que la logique de l’orgasme est une métaphore souvent employée pour justifier une construction un peu simpliste caractérisant des morceaux d’electro se contentant de mettre bout à bout des montées en intensité du même motif musical. La quasi intégralité des productions de Vitalic, le deuxième album de Superdiscount, certains remixes de Tiga et plein d’autres morceaux obéissent à ce système. La lecture des playlists d’ohmibod devrait nous renseigner à l’avenir sur l’impact réel de ces travaux en terme de spasmes corporels. Peut-être se développera un rapport à la musique calqué sur les goûts sexuels: on choisirait son programme en fonction du type de plaisir souhaité. Pas sûr qu’on en sache plus à l’arrivée sur les origines de l’un ou l’autre de ces goûts. Il serait même regrettable à l’avenir de devoir lire le top 5 branlette des inrocks avant d’enlever son slip. Peut-être que la distinction, le bon goût, vient de trouver là son ultime marché: faire observer les normes branlette de la société.
Le mp3 du jour devrait, je l’espère, permettre de satisfaire les deux pulsions, sexuelle et intellectuelle:

Snax - My Rug

Ce titre n’est pas extrait du dernier album de Snax, membre de Captain Comatose, mais du précédent. Il offre à mon avis la parfaite combinaison d’un type d’electro old school, basé sur la programmation d’une boîte à rythme accompagnée d’un synthé, avec les ressources de la voix de Snax, poursuivant ses explorations très Prince-iennes du son club. L’intro énigmatique ne dévoile rien de ce que le morceau renferme: un riff de boîte à rythme irresistible, composé de très peu de sons mais parfaitement agencé pour générer les ondulations du bassin recherchées. Snax oscille souvent entre un chant soul et un flow plus abrupt façon hip-hop. Ce morceau me semble aller plus vers cette seconde option, mais dans un style qui exclurait tout couplet pour ne retenir que des “catchphrases” réitérées jusqu’à la fin du morceau. Les différentes pistes de synthé qui habillent progressivement le morceau sont de deux natures: les accords joués avec un maximum de modulation pour atteindre le fort degré d’expressivité voulu, amenant le morceau vers des territoires plus funk, et un fil mélodique qui pose tranquillement une note sur chaque temps et adoucit considérablement le ton du morceau. Les heureux utilisateurs/trices de l’ohmybod peuvent désormais se le mettre où bon leur semble et presser play avec l’assurance de n’envoyer que des pulsations de qualité, estampillés Total Zob dans leurs orifices. Pour les autres, rassurez-vous: on peut toujours tranquillement s’étrangler le paresseux en écoutant ce morceau sur sa chaîne.

Bonne Bourre

jojo

ps: ne ratez pas les Tips & Tricks du site: on y apprend pêle mêle que l’utilisation en voiture est déconseillée à moins d’être passager (ce qui devrait donner naissance à une galaxie de scènes érotiques de plus en plus hi-tech), que l’ohmybod peut se brancher sur tout appareil musical (ils devraient à mon avis proposer un “quadrupleur” minijack pour permettre de brancher deux vibros (vibri?) et deux casques sur une seule source musicale, ce qui accentuerait le côté convivial; à quand les Ohmybod battles au Paris Paris, où chaque client éprouverait physiquement la qualité du dj à sa façon, selon ses possibilités biologiques et ses préférences personnelles?), et même, comble du génie, que le vibro n’implique pas l’écoute musicale, ce qui soulage sans doute ceux qui ne cherchent qu’un simple substitut de bite à se mettre dans le trou sans se faire chier à choisir ce qu’il convient ou non d’aimer pour se tripoter.


samedi, novembre 18, 2006

Voilà où ça nous mène, la folie des zobs

Aidez-moi: j'ai l'impression troublante que les deejays nous prennent pour des veaux. il m'est difficile de me souvenir de la dernière fois que je suis sorti en club pour aller voir un bon mix sans ressortir les oreilles défoncées, et de surcroît, un peu dégoûté par la sélection musicale, même de la part d'artistes que j'estime. et la mode récente consistant à faire saturer tous les synthétiseurs ne va pas arranger mon désarroi. Tout se passe, j'imagine, dans la tête des passeurs de disque, comme si, après une heure du matin, le public ne pouvait plus supporter des morceaux au bpm inférieur à 140, et comme si on perdait toute confiance dans la capacité d'un morceau à capter l'attention sans matraquage sonore. Les causes sont trop diverses pour être saisies ici, mais je vais proposer quelques pistes.
Premièrement, le monde des boîtes de nuit étant extrêmement concurrentiel, la qualité du spectacle proposé doit être basée sur l'intensité du "fun" que l'on tente de fournir au client. Les critères de cette intensité étant aussi flous qu'arbitraires, un primat est accordé aux manifestations les plus immédiatement perceptibles: cris, sauts, et autres signes supposés illustrer un sentiment d'abandon de soi. Quand l'on songe à tout ce que la présence dans ces lieux implique comme efforts, en terme de tenue vestimentaire, pouvoir financier, et investissement culturel minimal, au moins pour sélectionner la soirée et être en mesure de produire un discours sur l'offre musicale, ce pseudo-arrachement à soi-même me fait doucement rire. Cette remarque vaut surtout pour les boîtes à programmation spécifiquement électronique, phénomène cantonné aux grandes villes, et par conséquent majoritairement élitiste. Un deuxième champ de réflexion serait la peur du deejay d'être disqualifié pour cause de "linéarité". La nature essentiellement répétitive de la house et de la techno semble en effet se prêter facilement à ce type de reproche. Il est donc tentant de pratiquer une surenchère dans le volume et le rythme. c'est sans doute l'argument le plus simple, mais il me semble néanmoins assez juste. Pour finir, je voudrais esquisser une autre hypothèse; je n'ai aucun moyen d'en tester la réalité, mais si vous avez des témoignages pouvant étayer cette idée, je suis preneur. Voilà l'idée: il y a, à mon sens, un leadership masculin sur le monde de l'électro: la majorité des deejays est composée d'hommes et parmi les amateurs pointus, qui fréquentent les disquaires spécialisés, on trouve plus de garçons que de filles. J'ai toujours eu la sensation que la radicalisation progressive du son avait pour vocation de maintenir dans l'esprit du client un rapport de force entre un mâle dominant, fût-il au contrôle des platines ou accoudé au bar en train d'étaler sa science, et une clientèle féminine, supposée être coeur de cible (je pense à des arguments proches de ceux que Tiga avait proposés pour l'album de Mr. Oizo). C'est ma conviction intime: il y a une fiction perpétuée par beaucoup de deejays qui consiste à se poser en fournisseur d'énergie, à peine diminuée par la médiation des platines, pour maintenir une relation de domination. Tout contre-exemple est le bienvenu: citez moi un club dans lequel on ne ressent par cette inéluctable pression sonore monter passé minuit, et j'achète mon billet de train dans la foulée. Je rêve du club où à trois heures du matin, on écouterait ceci:

Jona - Tizia


Ce morceau n'est ni une nouveauté, ni une rareté. Il me tient néanmoins particulièrement à coeur. Sa construction est si irrésistible que cela laisse pantois, et me fait penser que ce jeune belge pourrait bien devenir le gros phénomène des prochaines années. Ce titre est extrait du maxi éponyme, qui constitue sa deuxième sortie sur le label Get Physical. Je pense que par rapport à ce label deux cas de figure sont envisageables: soit vous le connaissez et avez téléchargé le morceau avant même de lire ce texte, soit vous ne le connaissez pas encore, et, ma foi, vous vous exposez à de merveilleuses découvertes. On découvrira peut-être un jour que ce blog a été créé juste pour parler de tout ce qui touche à Booka Shade. En attendant, réécoutons ce Tizia à la production impeccable, tout en basses rondes et obsédantes, percussions digitales et synthés multi-traités par ordinateur. Jona déroule son thème initial sans jamais dévier de ce style imposé dès l'introduction; le cheminement est agrémenté de coupes aphex-twiniennes, d'anti-breaks (des moments de surcharge d'éléments parasites qui disparaissent soudainement pour laisser réapparaître le morceau), et de riffs de synthé tissant un réseau d'échos au thème central sans jamais tomber dans la guimauve. Allez sur Beatport acheter les autres perles de Jona (mention spéciale à son Tap Stroke EP sur Fumakilla).


je pourrais aussi complètement craquer et proposer un remix disco-house de Demis Roussos, mais ce n'est ni le moment ni le lieu.

bises

jojo

mardi, novembre 14, 2006

La résurrection a un prix

Photobucket - Video and Image Hosting
En l'occurrence trois premières minutes sous forme de coups de hache assénés au morceau original (un hymne pour pistes d'auto-tamponneuses qui mérite d'être entendu lui aussi), avant d'être relevé d'entre les morts par des sirènes infernales. Cette simple structure est reprise sans complaisance sur les six dernières minutes, qui sont spécialement dédicacées aux zombies.
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The Presets - I Go Hard U Go Home (Hell Berlin Mix)
(lien yousendit valable 7 jours)


Dans un autre registre, ce remix de Gavin Russom et Delia Gonzalez par Carl Craig.
Dix minutes de montée, avortée puis relancée, avec ce qu'il faut de variations autour d'une boucle entêtante. Notamment ce piano qui vient en fin de morceau se substituer à des sons jusque là très synthétiques pour mieux les laisser reprendre après la rupture. Amour.

Delia Gonzalez & Gavin Russom - Relevee (Carl Craig remix)
(idem, 7 jours)


Enfin, pour ne pas se contenter de valeurs aussi sûres que Hell et Carl Craig : Elastique remixé par Ivo Deutschmann et Pornbugs.
Un morceau qui pourrait plaire aux amateurs des productions de Patrick Chardronnet, sombre et sautillant à la fois.

Elastique - Satisfaction of Needs (Deutschmann & Pornbugs remix)
(là encore...)

lundi, novembre 13, 2006

Achtung Zobi

Les amateurs de musique électronique français lisent peut-être Trax, et peut-être sont-ils comme moi déçus de la décomposition progressive de ce magazine. La critique se fait name-dropping, les article démontrent souvent un travail de recherche limité à trois coups de google, et parfois l'ignorance est érigée en critère de qualité, le dernier numéro en offre un exemple flagrant lors du minuscule encart passant en revue l'incroyable nouvel album de Zombie Nation, réduit au rang de "bonne surprise", parce que le journaliste revendique n'avoir pas spécialement écouté les deux précédents (la présence du single Souls at Zero en point d'orgue du Bugged Out d'Ivan Smagghe n'était apparemment pas suffisante pour extirper ce professionnel consciencieux d'une réflexion bouleversante sur la "nouvelle scène française", ou d'un d'un débat aussi utile que "pour ou contre la techno minimale", pour aller découvrir son opus précédent, Absorber).
Je pourrais ainsi étendre à l'infini la liste des tares (les platitudes sur la folk, le rock, la disparition progressive de toute considération musicale, les retournements de veste éhontés, l'introduction de rubriques extra-musicales, qui tendent à ramener ces genres qui me sont chers à leurs manifestations les plus sociologiquement douteuses, les cautions de prestige attribuées à des "people" du milieu à l'expertise plus que douteuses {je pense en particulier à un blind-test confié à rédacteur de revue spécialisé dans la vie nocturne parisienne ou à l'incroyable encart nous offrant l'opinion de Tekilatex sur Squarepusher, dont il avoue volontiers détester la quasi intégralité des travaux, pour nous proposer par la suite en tant que points culminants de sa carrière les deux titres les plus connus de l'anglais "on ne parlait que de ça avec Paraone et les autres ". mortel.}, j'en passe et des pires) qui criblent cette revue sans vraie concurrence, mais je vais cibler ma déception, que je sais stérile, certains problèmes ont vraiment la peau dure, sur une phrase précise qui va servir d'introduction au mp3 du jour:

Skatebard - Boyvox



Un des hurluberlus de Trax croit dévaluer Skatebard en disant de son disque que "malgré quelques fulgurances, il caresse plus l'oreille qu'il ne l'accroche". Ma foi, voilà une excellente illustration de l'axe Bergkamp/Rool évoqué dans le post précédent. Trax exemplifie avec brio la tendance à une conception traumatique du son, à une culture de l'impressif qui, c'est mon opinion personnelle, ne tient pas la route. On devine que derrière cette conception de l'écoute se cache une interrogation sur l'utilité sociale du disque, de type: "quel profit m'apporte ce disque?, contient-il le morceau que je vais pouvoir utiliser dans ma conversation du soir?, ou encore, me fournit-il, une nouvelle définition de la pop (formule traxienne relevée dans le dernier numéro)". Loin de moi l'idée de critiquer un primat accordé à l'innovation, mais encore faut-il laisser sa chance aux efforts les moins visibles; d'où, à mon avis, le retard systématique pris par Trax sur chaque nouveau mouvement significatif de l'electro.
J'ai découvert Skatebard dans un mix de haute volée exécuté par Michael Mayer (qui distribue l'album via son label), disponible gratuitement grâce à l''émission de radio new-yorkaise Beats in Space (podcastable). J'ai été immédiatement séduit par ce son disco digital, faisant la part belle aux superpositions de boucles tournant sans relâche, quitte à laisser penser que la construction du morceau manque de relief. Le morceau proposé ici joue avec les limites du concept de disco, avec son beat housey résolument midtempo, ultra nonchalant mais accrocheur, et ses harmonies de clavier à la limite de la dissonance, formées de nappes très longues à la hauteur changeante, opérant d'incessants glissements d'une note à l'autre. Même le gimmick vocal fonctionne comme élément plus narcotique que dynamique. On y retrouve malgré tout de vrais motifs de musique de club, en particulier dans les petits breaks qui ponctuent le morceau, achevant de le rendre hybride. Ce type de morceau, volontiers qualifié de "mental", très répétitif et n'utilisant quasiment que du synthétiseur, requiert un type d'écoute très spécifique, et justement Skatebard propose avec humour dans le livret de son disque: "this record is best experienced on a portable music player, on an evening walk in your nearest forest or park". Vous savez ce qui vous reste à faire.

vendredi, novembre 10, 2006

Total Zob: Première

L'inauguration de ce blog très musical, quoique pas complètement, l'avenir le dira, ne se fera point en feu d'artifice, source de danger que mes lecteurs terriblement avertis connaissent bien. C'est tout en douceur que nous allons commencer notre exploration de la musique, dans ses développements les plus électroniques. Autant afficher mes convictions tout de suite: ce type de son me séduit plus quand il est joué façon Dennis Bergkamp que quand on le matraque façon Cyril Rool. Afin d'illustrer cette brillante métaphore, je vous suggère de vous procurer le morceau finement masqué derrière le lien suivant:

Michoacan - Basshead (Headgames)



Cela faisait longtemps que je ne m'étais pas aventuré dans les dernières livraisons du bon docteur Lektroluv. Bien m'en pris lors de ma dernière incursion dans les méandres de Beatport, puisque je découvris ce petit bijou de l'hispano-americain Michoacan, qui s'inscrit parfaitement dans le renouveau disco qui fleurit depuis quelques années dans le sillage de Metro Area, Lindstrom ou encore Chateau Flight, pour ne citer que des artistes de pays différents. On appréciera la discrétion et le rythme mesuré du beat, le groove mélodieux de la ligne de basse, qui offre l'armature idéale pour développer des séries d'accords de synthétiseur au son si caractéristique de ce mouvement, une sorte de reproduction des synthés vintage des années 70/80, aux différents paramètres parfaitement contrôlés par les outils logiciels les plus récents. La répétitivité du morceau et le travail sur les textures de synthé, avec force effets de vibrato, renforcent une sensation psychédélique qui me pousse à remettre le morceau au début dès qu'il approche ses dernières secondes. J'espère qu'il vous collera aussi durablement aux oreilles.

zoubi

jojo